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Session sur la
Par Patrice Maharibatcha

Durant les fêtes de fin d'année Patrice a mis a profit ses congés
pour passer une quinzaine de jour au Canada. Pas pour la pêche.
Mais notre carpiste préféré n'en a pas moins bravé des températures extrèmes pour,
quand même, "tremper le bouchon"…
D'une manière un peu inabituelle pour nous autres européens.
C'est une "expérience d'extra terrestre" sur un lac gelé,
grand comme un département français, qu'il nous présente ici.
7h du matin. La température extérieure avoisine les -15°C et le ciel est dégagé : une belle journée en perspective. La veille, Wayne nous avait conseillé de prévoir des vêtements chauds… Nous nous sommes donc présentés en combinaisons de ski et chaussures de randonnée : " ce que vous portez là, c'est bon pour le jogging ! Vous allez mettre ça. " Il sort alors de son coffre une paire de bottes lunaires et un pantalon tellement épais et rigide qu'il semble pouvoir tenir debout : ces vêtements permettent de supporter des températures allant jusqu'à… - 75°C !
Une expérience unique…
Nous nous déguisons donc en cosmonautes, chargeons le truck et nous engageons sur la route Nord. Le lac Manitoba se trouve à environ 1h30 de Winnipeg, Canada. La route est rectiligne et le soleil n'est pas encore levé. Une fois sorti de la ville, il me semble n'avoir compté qu'un seul virage… Le 4x4 file au milieu de l'immensité et ici, l'horizon semble bizarrement plus éloigné que chez nous…
La destination choisie pour ce baptême de glace est le lac Manitoba. Il affiche une superficie totale, accrochez-vous, de 4624 km2 !!!! Soit la moitié de la surface de la Gironde, le plus grand département de France ! En ce samedi 28 décembre, nous sommes dans une période durant laquelle les perches répondent bien. Nous nous apprêtons donc à traquer les belles zébrées, sous une couche de glace d'un mètre, dans une eau dont la température varie entre 2°C et 4°C… Ils sont fous ces poissons… Et ces pêcheurs aussi !!!!!
Wayne et Roger, en acceptant de nous faire découvrir leur activité favorite, nous font une faveur dont nous ne mesurons pas encore tout à fait l'ampleur…Une discussion dans un magasin de pêche (Wayne est chef de rayon), entre pêcheurs passionnés et curieux, nous a offert l'opportunité de goûter au " ice fishing " en compagnie des plus grands spécialistes de la région. Le véritable esprit " pêche " des pionniers, basé sur le partage et la convivialité n'a pas totalement disparu… Wayne et le magasin " United " nous ont même offert nos cartes de pêche manitobaines !
Nous arrivons aux abords du lac, de la " mer intérieure " devrais-je dire ! Ici, le froid semble beaucoup plus poignant qu'en ville. Les branches des arbres sont fossilisées dans la glace. Le chemin neigeux aboutit sur l'étendue blanche, une autre planète ! De la glace à perte de vue. Ca et là, des plaques se sont entrechoquées, des fissures se sont formées… Au loin, nous apercevons un véhicule qui semble tout droit sorti de Mad Max, une espèce de moto-neige géante à la fois moderne et préhistorique, sorte de mélange entre char d'assaut, tracto-pelle et vaisseau spatial ! Nous arrivons au bout du chemin et Roger ralentit une seconde. Cette seconde semble durer plusieurs minutes tellement le spectacle est impressionnant. D'une légère pression sur l'accélérateur, il engage le truck sur la glace : Laurence me lance un regard dans lequel je décèle une légère angoisse, mêlée à une sensation étrange de bonheur… La glace semble craquer sous les pneus et nos hôtes, confiants, se retournent avec un sourire… Nous tentons d'y répondre mais notre rictus n'est pas vraiment sincère !
Après un quart d'heure, nous arrivons finalement sur le " spot " de Roger ; comment peut-on trouver un " spot " dans un coin pareil !??!!
Au moment où nous descendons du véhicule, le soleil commence tout juste à poindre à l'horizon : la lumière rouge allume le désert de glace et nous restons bouche bée devant le spectacle. Je suis figé - pour une fois ce n'est pas à cause du froid - et j'ai l'impression, à cet instant précis, d'assister à quelque chose de réellement exceptionnel… Wayne et Roger sont chez eux : ils sont déjà affairés à la préparation du poste…
Une pêche d'extra-terrestre !
Un bruit de tronçonneuse me reconnecte à la réalité : Roger actionne son " auger ", sorte de foret thermique capable de trouer l'épaisse couche de glace en 5 secondes à peine, et perce 7 ou 8 trous. Je me jette sur mon appareil pour saisir l'instant et je manque de me fracasser le crâne : j'ai oublié que nous évoluons sur une patinoire ! Wayne sort son " under water camera " et l'installe. Cet instrument est une sorte de caméscope et permet de visualiser le fond, de voir les poissons et le leurre : de la haute-technologie ! Roger, lui, préfère utiliser un flasher, un écho-sondeur adapté au " ice fishing " : le cône émis est très étroit et la sensibilité très fine permet de visualiser le fond, le leurre et les poissons intéressés par le leurre et susceptibles d'y mordre.
A cet endroit, le fond est relativement propre et l'eau est cristalline. La profondeur varie autour de 10 ft (environ 3 m).
Nos hôtes nous présentent ensuite le matériel que nous allons utiliser :
- Wayne opte pour des cannes de 80 à 100 cm équipées de moulinets de type " lancer ultra-léger " ;
- Roger utilise des cannes de la même taille, mais de sa propre conception, équipées d'un seul anneau et d'une réserve de fil enroulée autour de deux crochets placés sur la poignée en bois.
Les fils employés sont des Nylon Berkley dont le diamètre varie entre 20/100 et 25/100. Ce mono filament spécifique est extrêmement étanche et reste souple par très basses températures.
Pour cette première session, Wayne et Roger sont bien décidés à nous faire prendre du poisson : nous utiliserons des " flyers jigs " de 4 à 6 g. Ce sont en fait des hameçons plombés, colorés et à la forme particulière, permettant une animation en " tiré-relâché ". Pour en renforcer l'attractivité, nous escherons des yeux de perche… J'ai alors compris que le no-kill était à exclure… Peu importe finalement, nous sommes invités et il est délicat, dans ce contexte, d'aller à l'encontre des habitudes et du comportement local !
Wayne distribue quelques petits poissons morts (congelés !) dans le trou équipé de la caméra et les perches ne se font pas attendre : nous pouvons les observer à l'écran. Elles ne sont pas très agressives et il faut attendre plusieurs minutes pour enfin les voir accepter cette nourriture providentielle. De son côté, Roger utilise son " flasher " à merveille et sort très rapidement un premier poisson. Il lit et interprète les informations fournies par l'instrument comme s'il regardait un écran de télévision. Pour lui, un poisson vu est presque toujours un poisson pris ! Ne se servant pas de moulinets, il utilise une technique très efficace : après le ferrage, il place le fil entre le pouce et l'index de sa main gauche, tend le fil et passe la canne par-dessous pour récupérer la bannière et sortir sa capture. Cette façon d'agir est d'une redoutable efficacité par faibles profondeurs. Nous nous initions rapidement à la technique en question et nous prenons premières perches : la robe zébrée contraste avec la neige et dévoile des couleurs d'une rare beauté. Nous nous prenons au jeu. Laurence prend même une dizaine de poissons en moins de cinq minutes ! Changeant régulièrement de trous, nous tirons bon parti du poste. Wayne prend un poisson " en direct live " sur " l'under water camera " mais les touches finissent par s'espacer pour finalement cesser. Les bancs ont migré vers d'autres endroits et il nous faut bouger.
Le ciel s'est couvert, le vent commence à souffler et la température s'abaisse encore de quelques précieux degrés… Arrivés sur le nouveau poste, Roger me confie " l'auger " et décide de monter son " ice shelter ", un abri aux armatures aluminium dont la toile reste souple même par -50°C. Il y place un chauffage et nous reprenons la pêche. A l'intérieur, la température monte rapidement et la lumière nous parvient maintenant de la glace elle-même, diffusant une lumière verdâtre du plus bel effet…
Encore quelques poissons et la session touche à sa fin. Nous croisons des amis de Roger, chevauchant leur skidoo : Pour eux la pêche a été beaucoup moins bonne.
En ce samedi de décembre, nous avons plus de 80 poissons… Et vécu une journée qui restera gravée dans nos mémoires pour longtemps… Merci…

Merci…
Merci à Wayne Grainger pour sa gentillesse et son enthousiasme.
Merci à Roger pour sa passion, sa discrétion et sa générosité.
Merci à Laurence, sans qui cette expérience n'aurait pas eu la même saveur…
Patrice Maharibatcha
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