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| Textes et photos de Daniel LAURENT du magazine CARPE RECORD N° 9 de septembre 2001 Avec l'aimable autorisation des Éditions Neptune Diffusion

Après quelques jours moroses dans la capitale des Cévennes, André Lancry et son beau-frère, Serge Ginane, décident de partir faire une session à Cabanac. La chaleur de la ville est étouffante et ils rêvent des gorges du Lot, du barrage de Castelnau Lassouts et des rires communicatifs de "momo" le gérant du camping. Nous sommes le 22 août 2000, soit exactement quelques jours avant la première édition de l'enduro du "Carpiste". Nos compères arrivent sur le site vers 9 heures et trinquent d'un café bien arrosé chez Maurice Velay. Le temps n'a pas d'urgences, alors ils feuillettent l'album des souvenirs et rêvent déjà d'inscrire leurs noms sur ces pages encore vierges, à la longue suite de ces portraits prestigieux et de photos devenues légendaires. Mais il est temps de passer aux choses sérieuses. Avec son zodiac, Serge prospecte les postes, mais il y a du monde partout ! L'enduro prochain a fait des émules et certains précèdent déjà le mouvement. Retour au port. Déception.
Il y a bien le poste à Fabrice, mais ce n'est pas terrible paraît-il ! Contre mauvaise fortune bon cœur, nos Alésiens installent le camp et calent leurs lignes vers 13 heures.
Un amorçage discret vers la bouée jaune, en arc de cercle pour rameuter les poissons sur le coup. Un autre, pourquoi pas après tout, vers ce saule en bordure, à 70 mètres. Le temps en montagne est versatile ; Il fait beau, puis il pleut. Il fait chaud, puis il fait froid... c'est cela la montagne. Le ciel s'assombrit rapidement et déjà le temps se gâte. Les orages grondent dans les gorges du Lot et l'écho répercute à l'infini le fracas du tonnerre. Décontenancés, nos amis s'interrogent sur la conduite à tenir, faut-il repartir ? Ils décident d'attendre jusqu'à demain et les averses se succèderont jusqu'à 22 heures. A l'abri relatif du biwy, André et Serge ne se font guère d'illusion, la partie de pêche est terminée pour aujourd'hui. Alors, plus par routine mentale que par conviction réelle, ils décochent au cobra quelques bouillettes de rappel sur la bouée jaune et... le saule pleureur isolé.
La nuit magique.
André, repu de fatigue s'endort. Serge veille, très énervé, conscient que l'ambiance orageuse doit y être pour quelques chose. Coté cannes, toujours rien. Il est trois heures du matin, il est temps de prendre également du repos.
Alors il retire ses bottes et s'enfonce dans son duvet, si douillet, si accueillant.
Cinq heures du matin... c'est l'alarme... un départ. André est le plus rapide car il a conservé ses espadrilles. Torche sur le front, il se précipite sur la canne de droite, celle du saule. Le départ est sauvage et le fil se déroule rapidement sur la bobine qui chante à tout va ! La main sur le pick-up, il dompte la fuite et ferre amplement dès qu'il sent le contact avec le poisson. Il commence le combat avec ce qui semble être une grosse mémère. Malgré la fraîcheur du petit matin, Il transpire et son tee-shirt est déjà trempé de sueur. Il a chaud et froid en même temps. C'est très lourd ! ... Lance-t-il à Serge qui arrive seulement. Changement de pêcheur, car c'est la canne du dormeur qui chante à Cabanac. Serge se régale comme jamais cela ne lui était arrivé. Lui qui ne pêche habituellement que les fleuves et les rivières, pour sa première véritable cession sur un plan d'eau, c'est fabuleux. Dommage qu'il fasse nuit car il devine seulement les trajectoires fuyantes de ce poisson qui dépasse toutes ses espérances. Le combat est âpre, très dur, car la carpe est puissante, vigoureuse dans ses tentatives et ses coups de tête ébranlent notre pêcheur qui tremble d'émotion. Elle est là... s'exclame-t-il, je sens l'arraché dans les anneaux. André éteint sa frontale pour ne pas effrayer davantage le poisson. Seule la pâle lueur de la lune éclaire timidement le théâtre de la bataille. Enorme, lâche André... Elle ne rentre pas dans l'épuisette ! Tu déconnes réponds Serge. Re-départ... 10 mètres, 20 mètres, 30 mètres... le combat reprend. Le poisson revient mais tente de se tanquer vers l'embarcation. Immédiatement André tire au sec le zodiac afin d'éviter toutes mauvaises surprises. L'épuisette est remise en place. La DAM de 1 mètre de coté semble ridicule lorsque la carpe abandonne la lutte et s'échoue enfin, la tête la première dans le filet. Le combat a duré 32 minutes. La tête et la queue dépassent du tapis de réception. Avec beaucoup de précautions ils tentent de la peser. Serge rit comme un enfant devant l'aiguille qui dit oui, qui dit non sur le cadran du peson. Lève les bras, elle touche encore le sol.
 La sentence tombe enfin : 25,200 kg. La plus grosse de Cabanac. La plus belle de toute une vie de carpiste.
Deux pêcheurs voisins, installés sur le poste de l'estrangladou, arrivent pour admirer cette prise exceptionnelle. Il s'agit d'un couple de bretons, Jean-Christophe et Séverine qui confirment le poids de cette magnifique carpe. Cela fait plusieurs jours qu'ils sont ici. La veille, ils avaient déserté le poste occupés par les Alésiens. Pas de veine ! Ensemble réunis autour d'un café, ils attendront le lever du jour pour admirer ce magnifique poisson et faire la photo souvenir, avant de rendre au lac ce poisson trophée. Serge est aux anges. Il est encore fébrile et commente les péripéties de la nuit. Il parle, parle, parle et parle encore de son combat, des plaisirs ressentis qu'il voudrait tant communiquer à tout son entourage.
Le bruit court vite sur l'eau et déjà sur les berges de Cabanac tous les pêcheurs savent qu'un nouveau record local vient d'être battu. A quelques 300 grammes du record de France !
Momo lui aussi est au courant, alors il offre un nouveau café, bien arrosé, comme d'habitude... Le lendemain, sur le même poste, André Lancry sortira une seconde carpe de 23,500 kg.
Daniel LAURENT
Tactiques : Bouillettes STAMP monster crab. Amorçage d'un kilo de pellets (poisson) avec une boîte de grains de maïs.
Témoins Jean Christophe MARDELAY et Séverine VASSEUR 54 bis Boulevard de Rennes - 35300 FOUGERES Tél : 06 03 93 18 95
Prise homologuée par Maurice VELAY. Camping la brise du lac. Castelnau -Lassouts (Aveyron).
Pour se rendre à Cabanac. De Mende la nationale 8 puis la départementale 6. Le barrage est situé entre Espalion et St Geniez d'Olt.
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