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Textes de Daniel LAURENT
Photos CSP
Paru dans le magazine PECHE RECORD N°6
Avec l'aimable autorisation des Éditions Neptune Diffusion

Cormorans
Le déséquilibre des écosystèmes aquatiques

Phalacrocorax carbo sinensis... ou le nouveau péril noir !
Malgré de nouvelles mesures de destruction,
l'invasion du cormoran se poursuit inexorablement sur tout le territoire.
Après la seconde catégorie et le massacre des cyprins,
les rivières à truites connaissent désormais également ce fléau.


Les pêcheurs mettront la pression
sur les politiques.


Les chercheurs
ont mal cherché !


Les nouveaux quotas de régularisation
pour 2002.
Les quotas de tirs autorisés seront de 20.000 cormorans, ce qui ne rassurent pas les pêcheurs pour autant.

Depuis une quinzaine d'années, l'effroyable marée noire revient tous les hivers passer quelques mois de vacances sur nos eaux, provoquant un déséquilibre important de la biomasse. Ce déséquilibre se perçoit inévitablement sur les cyprins, mais les jeunes carnassiers font également le régal de cet oiseau parasitaire et piscivore. Le plus inquiétant aujourd'hui, concerne la sédentarisation du grand cormoran, ceci au grand désarroi des pisciculteurs mais aussi des pêcheurs amateurs sur les eaux libres. Plus grave, semblerait-il, est le cri d'alarme poussé par les fédérations et les AAPPA de première catégorie, notamment l'Ain, qui s'inquiètent des arrivées massives de cormorans qui anéantissent les truites matures sur les frayères et réduisent à néant les tentatives de réimplantation des espèces autochtones. Le nouveau ministre de l'environnement, Yves Cochet, s'il est conscient des nuisances causées par le grand cormoran, se veut rassurant. S'appuyant sur la base d'un rapport scientifique de deux chercheurs de l'INRA et du CNRS, estime que les populations auraient tendances à se stabiliser (85.000 cormorans pour 2001). Colère immédiate des pêcheurs qui réfutent ce rapport et considèrent que ces "chercheurs ont mal cherché". L'Union Nationale pour la Pêche estime en effet que le chiffre réel serait de 91.000 oiseaux. Quoi qu'il en soit, le nouveau ministre vert a signé la circulaire qui autorise les tirs de régulation, chiffre à la hausse, ce qui semblerait effectivement démentir cette stabilisation. Concernant les quotas, certains départements sont plus favorisés que les autres : l'Ain obtient 3000 tirs, le Loiret 1350, le Gard 250 et l'Ariège... 80 ! Encore faut-il différencier dans ces chiffres, la protection des piscicultures et la protection des rivières ! Devant cet état de fait, l'union Nationale de la Pêche entend saisir l'opportunité des prochaines élections présidentielles et législatives pour "mettre la pression sur les politiques".

Messieurs les députés
préparez vos dossiers ! ...

Texte de l'arrêté

ARRÊTÉ

Le Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche, Vu la directive n° 74/409 CEE du 2 avril 1979, modifiée, concernant la conservation des oiseaux sauvages, vu le livre II nouveau code rural etc...
Considérant qu'il n'existe pas d'autres moyens de prévenir les dégâts dus au Grand cormoran (Phalacrocorax carbo sinensis) sur les piscicultures extensives en étangs et considérant les risques présentés par la prédation de cet oiseau pour des populations de poissons menacées, arrêtent :
Pour prévenir des dégâts aux piscicultures extensives et en étangs, les préfets des départements dont la liste est détaillée (voir tableau) sont, à leur demande, autorisés à délivrer pour les saisons 2001-2002 et 2002-2003 des autorisations individuelles de destruction par tir de spécimens de l'espèce Phalacrocorax carbo sinensis, dans les conditions fixées par le présent arrêté.
Plusieurs articles fixent ces modalités et un autre chapitre fixe dans les mêmes conditions les modalités relatives aux opérations en eau libre au profit de populations de poissons menacées ainsi que les quotas. Dans tous les cas, se sont les préfets, sur demande de la fédération concernée, qui sont autorisés à faire procéder ces opérations de destructions.
Seuls des "chasseurs" sont autorisés à effectuer ces tirs, encadrés par des agents assermentés et mandatés à cette fin par le préfet. Les chasseurs peuvent donc poser leur candidature auprès de la fédération de pêche de leur département.

Les protecteurs des "p'tits oiseaux" manquent d'imagination
L'exaspération est à son comble. Depuis environ 1980, les pêcheurs se battent contre une certaine catégorie d'écologistes, qui ne connaissent de nos rivières que l'aspect visuel qu'ils peuvent en avoir. Si le vol d'oiseaux est certes un spectacle ravissant, que connaissent-ils de notre partenaire, le poisson, invisible sous le miroir des eaux.
Ces amoureux des "p'tits oiseaux" tiennent toujours le même langage, alors que toutes les études sérieuses depuis 1994 prouvent le contraire de leurs propos.
En 1991, les protecteurs de la nature se réjouissaient déjà de voir une espèce sauvage, jadis rare, devenir abondante (France Nature Environnement) : L'impact réel de la prédation du cormoran est peu connu sur les rivières et les plans d'eaux. Il est difficile de croire que la présence du Phalacrocorax carbo sinensis est un facteur de déséquilibre des écosystèmes aquatiques !...
Le visuel primait déjà sur l'absence de connaissance des poissons en milieux humides.

Que sait-on aujourd'hui ?
Le cormoran, consomme environ 500 grammes de poissons - jour.
La stabilisation serait de 85.000 individus en France soit : 42 tonnes - jour
Le cormoran reste environ 5 mois dans certaines régions, et se sédentarisent dans d'autres, soit : 42 tonnes X 150 jours = 6.300 tonnes de poissons blancs hier et de truites aujourd'hui !
A cette simple équation élémentaire, nos "gentils écolos" répondent qu'il est difficile de démontrer l'exactitude de ces chiffres, la biomasse des rivières étant difficilement quantifiable !
Nous aurions donc à faire à des cormorans au régime ? Dialogue de sourds !
Si des tonnes de poissons sont ainsi exterminées chaque année, la présence des cormorans est aussi une gêne pour les pêcheurs que nous sommes. Quand ils chassent, brochets, carpes et sandres se cachent et le pêcheur peut rentrer chez lui. Dans le même temps, les AAPPMA s'inquiètent de l'impact économique que ce problème pose à leur trésorerie. Elles investissent leurs maigres deniers dans de multiples déversements pour compenser cette pénurie, mais l'hiver suivant, le cormoran retrouve la table mise. Comme au restaurant quoi !

La rivière est encore oubliée des politiques.
Il est vrai qu'il est plus simple d'inaugurer une piscine ou un terrain de football que de prêter quelques attention à notre terrain de sport, la rivière. Ils oublient, ces braves gens que le pêcheur est aussi un électeur et que nous représentons le chiffre négligeable de 7.000.000 de pratiquants en France (chiffre mer et rivière - CSP- Le Parisien du 15 septembre 2001). Les pêcheurs pourraient fort bien s'en souvenir lorsque ces mêmes hommes politiques iront aussi à "la pêche... aux voix".

Les truites et les ombres désormais touchés.
Mais si cette invasion, n'était autrefois que l'apanage de la seconde catégorie, voici que maintenant la horde noire recherche des mets plus fins et s'attaquent aux poissons nobles. Et là ça ne rigole plus... Touche pas à mes truites disent les hommes de nos campagnes et de nos montagnes.
Reconnaissons néanmoins que certains ornithologues, sont conscients de l'ampleur des dégâts commis dans les piscicultures et les étangs de grossissements. Ils font quelques suggestions : allègement des impôts pour le pisciculteur, création d'emplois verts pour effaroucher les oiseaux piscivores, indemnisation de l'État etc.. Mais aucune solution pour les milieux naturels, nos rivières et plans d'eaux. Quelques protecteurs des oiseaux en Languedoc Roussillon, proposaient en 1998, une idée totalement loufoque qui consistait à tendre des câbles au-dessus des rivières pour que le cormoran ne puisse ni se poser ni s'envoler ! Paysage écologique revu et corrigé.

Les pêcheurs font des propositions.
Les associations de pêche proposent des solutions plus sérieuses pour limiter cette invasion "hors nature" en rappelant que cet oiseau ne devrait pas faire partie du paysage environnemental français.
Élimination totale des cormorans sédentaires.
Intervention européenne sur les nids en Hollande et au Danemark pour diminuer les populations d'oiseaux piscivores.
Destruction des cormorans par des quotas supérieurs que ceux proposés actuellement.
Élimination des estafettes qui organisent la venue des hordes noires.
D'autres idées locales poussent dans le même sens, comme en Cévennes, par la réimplantation d'aigles royaux qui stopperaient les premières estafettes. Certaines, moins avouables, envoient le cormoran directement au fond des eaux, avec une pierre au cou.
C'est une véritable guerre déclarée et à chacun ses méthodes, légales ou non.
L'avenir de notre passion, la qualité de l'eau, la survie des espèces aquatiques est dans nos mains, nous, les pêcheurs. Les contraintes qui nous sont imposées sont multiples et génèrent des conflits sur tous les fronts et qui aboutissent à des visions dangereuses pour notre vie quotidienne de simple citoyen, pêcheur ou non. Hélas ces idées sont souvent dommageables comme les cormorans ou inacceptables comme Natura 2000.
Une fois encore, ce sont les pêcheurs qui montent aux créneaux, pour faire face, pour se faire entendre, pour prévenir, pour éviter le pire, pour transmettre un héritage décent à nos enfants.

Daniel LAURENT


Annexe : Tirs de destructions du cormoran

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