| Textes et photos de Daniel LAURENT paru dans Midi Libre du 09 mars 2002

Après les pluies éparses de ces dernières semaines, les rivières sont suffisamment en eaux
pour pratiquer une des techniques reines du printemps, le ver à rouler...
Au début de saison, les eaux des rivières et des ruisseaux sont suffisamment teintées et d'un niveau élevé pour la pratique de la pêche au ver. Un beau lombric tente la fario en poste pendant cette période lorsque les eaux ont une couleur un peu terreuse. Elles emportent avec elles, les vers que les ruissellements ont charriés jusqu'aux ruisseaux. Le lombric est alors l'appât roi pour dame Fario. Non pas pour sa beauté ou sa grosseur, mais pour la forte odeur qu'il dégage.
L'une des erreurs de novices, mais parfois aussi de pêcheurs confirmés, est de croire qu'un gros et joli ver est plus prenant qu'un autre moins brillant et plus rachitique. Erreur. L'important c'est... l'odeur, seulement et uniquement l'odeur.
En torrents et en rivières rapides, la truite travaille uniquement à l'odorat. Elle n'a pas le temps de voir l'appât qu'on lui présente et qui dérive trop vite dans la veine du courant. Souvent elle ne l'aperçoit que très furtivement, à quelques centimètres de son poste d'affût. La première remarque pratique consiste donc à ralentir la dérive en pêchant plus lentement, c'est à dire moins vite que le courant et de faire passer et repasser ce ver plusieurs fois sur le même poste. Ainsi on multiplie les chances de débusquer la fario en lui faisant passer le ver à "ras du nez !".
Après avoir laissé filer le ver plusieurs fois dans le courant sur le poste présumé, il suffira de présenter et de guider l'appât en ralentissant suffisamment sa vitesse, pour qu'il se présente correctement, mais aussi quasi naturellement. L'odeur du ver, plusieurs fois présenté, fera sortir dame truite de sa cachette.
La touche est rarement franche et donc difficile à détecter car une belle truite est méfiante et n'engame pas de suite, à l'exception des folles truitelles.
Une grosse truite à de l'expérience et elle se contente d'arrêter la course du ver... le temps de "le flairer" et de vérifier qu'il n'y a pas de dangers ! C'est seulement après qu'elle engamera en "mâchouillant" précautionneusement.
Le pêcheur doit être patient et discerner à la touche s'il s'agit d'une truitelle ou d'une belle sauvage... Savoir à quel moment il doit ferrer uniquement par le toucher, par les vibrations transmises par le fil de l'hameçon jusqu'aux doigts, entre le pouce et l'index.
Tous ces évènements (contrôle de dérive, touche et ferrage) se réaliseront en réalité en quelques fractions de secondes.
Des moments forts qui font que la pêche est unique.
Savoir prendre le temps d'observer, de modifier sa plombée par rapport au poste prospecté permet de réaliser de beaux paniers. Agir ainsi, c'est augmenter ses chances de prises alors que courir les berges relève plus de la loterie que d'une vraie pêche sérieuse.
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