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Textes et photos de Daniel LAURENT
du magazine PÊCHE RECORD n° 5 de novembre 2001
Avec l'aimable autorisation des Editions Neptune Diffusion.

Des appâts pour l'hiver | La conservation des vifs

Des appâts pour l'hiver...

Se procurer de beaux poissonnets argentés est très aisé en été
En revanche, lorsqu'il s'agit de pêcher de jolis gardons sitôt le froid venu...
Cela devient une toute autre affaire.
Pour pêcher à coup sur de nombreux vifs,
devenez performant en vous adaptant aux conditions climatiques.


Rien n'est réellement simple dans la pêche disait Philippe Jean, alors qu'il venait d'obtenir une médaille d'or en individuel aux championnats du monde, il y a quelques années maintenant. Puis dans ses yeux se devinait imperceptiblement une lueur malicieuse qui en disait un peu plus... Il ajoutait alors à voix basse, mais cela devient facile quand tous les facteurs de réussites sont maîtrisés.
De cette apparente simplicité se cache une technique pleine de subtilité où l'expérience et la tactique font la différence. Quels sont ces facteurs qui permettent à l'un de toucher du poisson et à l'autre de rester bredouille ? Comment faire une pêche de vifs, en situation complexe, afin de pouvoir ensuite s'attaquer aux carnassiers ?
Deux grandes méthodes nous assurent la réussite, puis l'évaluation globale des résultats modifiera l'action de pêche pour résoudre l'échec.
1/ Le choix du site de pêche et l'observation du milieu.
2/ Le choix tactique/technique et les outils adaptés.
3/ L'analyse des résultats et la modification de l'action.

Définir le choix du parcours et observer le milieu.
La technique sera en effet totalement différente sur une petite rivière ou sur un plan d'eau. Il convient donc de ne pas négliger ce critère préalablement afin de pouvoir réaliser une sortie à succès.
La rivière, de courant modéré à rapide, est toujours intéressante en hiver. Les poissons sont souvent proches des berges afin de limiter, dans la mesure du possible, des efforts inutiles dans les courants. Eaux froides signifient également ralentissement de l'activité alimentaire, le pêcheur se devra d'éviter de "gaver" le poisson, sachant que ceux-ci chercheront également à peu se déplacer afin de dépenser le minimum d'énergie pour trouver leur nourriture. Les retours derrière les blocs et les toutes petites anses seront donc à prospectés en priorité en utilisant des amorces relativement pauvres.
Ne recherchez pas non plus les eaux profondes, nos poissons sont à la recherche du peu de chaleur dispensée par les rayons du soleil. Seuls les goujons pourront vous inciter à traîner sur le fond, ces goujons si tentants pour le sandre aux aguets et la perche toujours en alerte.
En étang, l'eau est généralement plus tempérée, et si les bordures sont également intéressantes, elles sont aussi souvent le lieu privilégié des ressources alimentaires des carnassiers. Ici le poisson blanc est continuellement traqué et il préfère s'abriter dans les anfractuosités des berges, des blocs de pierres, des herbiers touffus et les racines tombantes où il se sent à l'abri.
C'est là, parmi les matériaux et les végétaux qu'il faudra tenter le gardon sur le fond et le rotengle à mi-eau, parfois même en surface entre les ablettes, dès qu'un rayon de soleil voudra bien réchauffer quelques peu les eaux.

Le choix tactique/technique et les outils adaptés.
D'une manière générale ce n'est pas la pluie ou le froid qui vous poseront problèmes. Par contre le vent reste toujours l'ennemi numéro 1 du pêcheur. Balayant la surface de l'eau en rivière il modifiera votre dérive naturelle, provoquera des risées sur l'étang vous empêchant de visualiser votre léger flotteur et la touche qui accompagne l'aspiration de l'appât.
ALORS CA MORD ? ... NON ILS HAPPENT !
Aspiration ? Ceci mérite un indispensable commentaire.
Contrairement aux carnassiers "qui mordent", les poissons blancs aspirent puis recrachent l'appât, avant de l'engamer, pour vérifier le menu. Il suffit d'observer des poissons rouges (carassins) dans un aquarium pour visualiser cette aptitude de contrôle permanent de l'alimentation. Les daphnies sont "pompées", puis recrachées pour être ensuite définitivement avalées. Il s'agit pourtant d'animaux éduqués et qui ne sont confrontés à aucun des dangers qu'un poisson sauvage rencontre dans un milieu naturel.
Nos poissons blancs agissent pourtant de manière identique. Ils aspirent, ne mordent pas, sauf l'exception qui confirme la règle en ce qui concerne le glouton chevesne qui avale avidement sa proie.
Cette notion d'aspiration est excessivement importante, puisqu'un flotteur trop lourd, un fil trop rigide ou une plombée mal équilibrée ne sont pas adaptés à cette aptitude du contrôle permanent de la nutrition naturelle. Ceci provoque irrémédiablement le refus du poisson, ou bien le pêcheur n'a pas le temps de ferrer au moment opportun. Sauf s'il y a compétition alimentaire, sujet que nous développerons plus loin.

LES MATERIELS.
LA CANNE. Pour la rivière, une canne de 4 mètres suffit très souvent à la quête des vifs réfugiés dans les bordures. D'action de pointe, elle vous permettra de déposer votre flotteur avec précision et souplesse, même si ce dernier est très léger. Un flotteur sensible et bien équilibré étant bien entendu indispensable.
En étang, la longueur de cette canne sera souvent identique puisqu'il s'agit de prospecter les proches herbiers. Bien entendu, la longueur de la canne sera à modifier si la profondeur (gros gardons et tanchettes) est plus importante que cette même longueur.

LA LIGNE. Nous recherchons des vifs, et non des poissons trophées ! Un simple rutilant gardon de 8/10 cm ferait largement notre bonheur. La ligne en 10/100 sera suffisante en rivière avec un bas de ligne de 15 cm en 8/100.
Pour le plan d'eau affinons la ligne en 8/100 et un bas de ligne en 6,5/100.

L'HAMEÇON. Est-il besoin de rappeler que l'hameçon se choisit par rapport à la taille de l'appât et non pas à la taille du poisson ?
Correspondance des tailles :
Numéro 16 pour un petit ver de terreau.
Numéro 18 pour un asticot.
Numéro 20 pour un pinkie.
Numéro 22 pour un fifise.
Numéro 24 pour un ver de vase.
Les hameçons fin de fer à tige longue ont la préférence des compétiteurs.

LES FLOTTEURS. Il existe une multitude flotteurs dans les rayons des commerces bien agencés. Simplifions le choix en retenant 2 critères : la forme et le poids.
La forme de votre flotteur sera déterminée par votre parcours. Un flotteur de forme boule ou poire pour les courants ; Un flotteur de forme olive allongée pour les courants moyens ou les plans d'eaux ventés ; Un flotteur fusiforme pour l'étang en situation simple, sur le fond et entre deux eaux.
Le poids du flotteur, pour qu'il conserve sont efficacité lors de l'aspiration du poisson, doit être également approprié. Pour simplifier disons qu'un flotteur olive d'un poids de 1 gramme suffit pour une rivière semi-rapide de 0,50 à 1 mètre de profondeur. Vous modulerez plus ou moins le poids de ce modèle, ceci suivant la profondeur et la vitesse du courant.
Ayez toujours à l'esprit qu'un flotteur bien équilibré, adapté à la masse d'eau et au courant, sera votre meilleure arme pour visualiser la touche la plus subtile.
En étang ou en canal de petit gabarit, 0,20 grammes par mètre d'eau est le flotteur standard. Un peu de vent vient perturber votre pêche ? Utilisez un flotteur légèrement plus lourd, mieux encore, échanger avec un flotteur possédant une quille en fer. Ensuite abaissez le scion votre canne pour éviter que votre bannière ne tire sur la ligne à la moindre rafale. "Retenez, relâchez, aguichez, le poisson vous aurez !".

LES AMORCES.
Indispensables, elles répondent à deux missions essentielles.
A/ Attirer précisément les poissons sur votre lieu de pêche, plutôt que de rechercher ceux-ci. B/ Créer une compétition alimentaire entre les poissons résidents.

En rivière, cette compétition alimentaire est effrénée, donc plus simple pour le pêcheur. Si le poisson laisse passer votre appât, son congénère de l'aval en profitera... Donc chacun "œuvre pour soi" et ne laisse pas le temps aux autres de s'emparer de cette proie qui paraît si facile, si tentante.
L'hiver en rivière, l'amorce sera plutôt foncée. Collante pour rester sur le fond, tout en travaillant rapidement au contact de l'eau, mais aussi légèrement nuageuse pour ameuter les poissons de l'aval.
Un excellent compromis, celui du mélange d'un paquet d'amorce à gardon noire avec un paquet d'amorce rivière et le même volume en terre de rivière pour appauvrir l'ensemble.
Les additifs : Ajoutez un peu coriandre moulue ou du caramel liquide pour le gardon.
De la vanille en poudre pour l'ablette et du lait en poudre pour "faire nuager" l'ensemble.
Pour les chevesnes en rivière l'agrainage à la fronde est préférable à l'amorce.
Pour ceux qui préfèrent l'utilisation d'un carrelet plutôt que d'une canne, l'amorçage est un plus indéniable. Il suffit le déposer le carrelet et d'amorcer par-dessus !

L'analyse des résultats et la modification de l'action.
Et si cela ne marche pas ? Il se peut que le poisson dédaigne votre invitation, et ce malgré tous vos savants aguichages. Certains vous parleront de la lune, d'autres de la pression atmosphérique et de son influence sur le biotope, sans oublier le vent.
Et s'il s'agissait uniquement de pêcheurs fatalistes ?
Bien sur le poisson fait ce qu'il veut après tout, mais il est extrêmement rare qu'il ne réagisse pas à une table bien mise et à des appâts... appétissants.
L'expérience s'acquiert au fil du temps, et chercher pourquoi cela ne marche c'est déjà commencer à trouver les réponses.
Il suffit parfois de presque rien. Modifier le fond, allonger ou raccourcir le bas de ligne, pêcher plus léger ou modifier la forme du flotteur, la teinte ou la granulométrie de l'amorce etc...
La manière dont le poisson à été accroché par l'hameçon, est un facteur visuel important.
S'il est pris par le bord des lèvres, votre montage (flotteur, plombée et longueur du bas de ligne) est conforme.
Si au contraire, il a avalé trop profondément, vous devez immédiatement modifier un de ces 3 paramètres.
Ceci est la clef dominante de votre qualité de pêche. Dans le cas contraire, vous pêchez au hasard en ne comptant que sur la chance.
La seule réponse est dans cette analyse de l'action et des modifications que vous saurez apporter pour vous forger une compétence personnelle et obtenir enfin de réels résultats.
Faire, analyser, modifier, appliquer et recommencer.


La conservation des vifs

Conserver durablement ses vifs...
Un casse-tête permanent pour le pêcheur de carnassiers en hiver.
Plusieurs solutions sont à retenir.


Avant tout, il vous faut éviter les chocs thermiques. D'une eau froide à modérée, et inversement, le poisson ne résistera pas à cette perturbation organique.

L'eau du robinet est également fortement déconseillée. Si vous ne pouvez faire autrement, laissez cette eau dans un grand baquet à ciel ouvert deux à trois jours avant de l'utiliser. Le chlore et autres composants chimiques s'élimineront d'eux-mêmes.

Récupérez l'eau de pluie ou prélevez l'eau de votre rivière. Même méthode que précédemment avec un baquet, mais pas plus de 72 heures. Après cette période l'eutrophisation guette votre réserve. Aérez, brassez souvent et protégez votre baquet de la lumière. Des capsules d'oxygènes sont disponibles dans les magasins spécialisés.

Vous possédez un petit cours d'eau, un tambour de machine à laver fera un vivier exceptionnel. Le courant créera suffisamment d'oxygène et l'eau sera renouvelée en permanence. Contrôlez régulièrement l'arrivée du ruisseau, un geste malveillant est toujours possible.

L'aquarium est également l'outil idéal. Pour conserver les vifs longtemps, placez-le dans un coin sombre, à l'abri de la lumière. Un aérateur est indispensable et vous devrez éliminer régulièrement les déjections de vos hôtes pour les conserver longtemps.

Faut-il les nourrir ? Huit à dix jours de diète n'est pas mortel, au contraire. Ils deviennent plus frétillants, plus énergiques. Au-delà, un peu de daphnies ou de farine de granulés d'alimentation pour truites suffiront à maintenir la forme !

Dernier conseil. Lors de la prise d'un poisson, mouillez-vous la main pour le saisir. Une peau sèche enlève des écailles et fragilise ainsi ce vif que vous avez eu tant de mal à pêcher. De la même manière, utilisez une petite épuisette d'aquarium pour les prélever de votre vivier.


Daniel LAURENT


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