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Patrice MaharibatchaP.M. : Les thaïlandais pêchent-ils ce poisson?



Jean-François HéliasJ.F.H. : Non, pratiquement pas du tout Patrice! Mis a part une poignée de très rares fanatiques! Très peu de pêcheurs osent s'y essayer du fait que le Caho véhicule cette reputation, a juste titre ou non, d'être un poisson particulierement difficile a prendre. Il est vrai que cette carpe siamoise comme ses autres consoeurs de la planete est un poisson timide et méfiant. Même avec une parfaite connaissance du secteur de pêche, du juste montage et du bon appât, les prises de Catlocarpio ne sont jamais "garanties".

Zoom et légende
Pour ma part, je résume souvent cette pêche bien particuliere en disant que la bonne connaissance des postes à carpes, c'est déjà 25 % de chances du côté du pecheur, 50 % de plus pour le bon montage et le bon appâtt. Les derniers 25 % nécessaires pour finaliser sont ce que les thaïlandais appellent ici "duang". C'est un peu ce que vous appelez en Europe "le facteur chance". Ce même facteur chance qui est un paramètre important pour n'importe quel autre type de peche et qui l'est tout autant ici, pour ne pas dire encore plus, pour la pêche particuliere du Caho. On pourrait traduire le mot thailandais "duang"par le terme "destinée".

J'appelle ça personnellement "la cooperation du poisson"! Ce sont bien souvent ces derniers 25 % qui font la différence entre plusieurs journées consécutives sans un seul départ et plusieurs journées d'affilée avec de deux a trois départs par jour. Ce dont nous faisons fréquemment l'expérience avec nos clients. Pour te citer un exemple typique, en Août 2001 nous guidions un groupe de 4 carpistes anglais. Tous pêchaient le même poste, les uns a côté des autres, leurs cannes au touche-touche. Ils utilisaient tous notre même montage et notre"appât miracle". Et pourtant un seul parmi eux a "cartonné" ce jour-là. Et quel carton! Il a pris 3 carpes pesant respectivement 18 kg, 24 kg et 34 kg!
Ne me demande pas pourquoi lui seul a "derouillé", c'est le genre de choses qui ne s'explique pas….

Une autre raison pour laquelle les pêcheurs locaux ne sont pas du tout intéressés par ce poisson est relativement simple à comprendre. Ici en Thaïlande, beaucoup de gens n'ont bien souvent que 2 journées de conges par mois, voir 4 journées pour les plus chanceux, comme les fonctionnaires. Le pêcheur thailandais préfère donc consacrer ses rares moments de repos à la peche d'espèces plus facilement prenables. Celui qui ne pêche qu' une ou deux fois par mois souhaite toucher du poisson et éviter la bredouille. La pêche de la carpe géante étant "tout ou rien", cela sélectionne donc déjà au départ une minorité de personnes prêtes à accepter ce genre de challenge. Cette pêche ne demande pas simplement de la patience (qui est une qualite que l'on sait propre à tous les asiatiques), elle demande aussi beaucoup d'obstination et de perséverance, surtout chez ceux qui débutent. Je ne connais pas bien sur la totalité de ceux qui pratiquent la pêche du Caho dans ce pays. Mais pour Bangkok et ses environs, les réels "spécialistes" locaux se comptent sur les doigts de la main. Ce sont tous de trés bons amis qui comme nous pêchent la carpe au lac de Bung Sam Lan. Et encore par le terme "spécialistes", il faut entendre ceux qui pratiquent fréquemment la pêche de ce poisson et obtiennent des résultats positifs. Mais en fait aucun d'entre eux ne s'adonne vraiment exclusivement à ce poisson. Tous alternent entre la pêche de la carpe géante et celle des très gros Mekong Catfish. Deux d'entre eux en particulier, Lung Dam et Pi Poot, qui sont de fidèles habitués de Bung Sam Lan, sont particulièrement au-dessus du lot côté résultats. Pas parce qu'ils sont plus doués que les autres, mais tout simplement parce qu'ils disposent de plus de temps libre à y consacrer. Lung Dam est à la retraite, rentier, il pêche ce lac quasiment tous les apres-midi depuis 17 ans.

Zoom et légende
Beaucoup de pêcheurs européens connaissent de vue le personnage à travers la celebre photo, parue dans tellement de magazines, ou il pose, son large chapeau de paille sur la tête, avec sa plus belle prise : une carpe géante estimée a 110 kg.
Cette prise record reste à ce jour, et pour trés longtemps encore, la plus grosse carpe jamais prise au monde. Pi Poot dirige lui une compagnie. Il ne travaille que le matin, et pêche tous les apres-midi. Il compte de très nombreuses prises de carpes a son palmarès.

Patrice MaharibatchaP.M. : Le consomment-ils ?



Jean-François HéliasJ.F.H. : Si tu lis " Freshwater Fishes of Siam or Thailand", le meilleur ouvrage jamais écrit sur les poissons d'eau douce thaïlandais, il est dit à propos de la carpe géante que sa chair était extrêmement prisée des thaïlandais. Ce poisson atteignait un prix très éleve sur les étals des marchés locaux. Le livre rédigé par Hugh M. Smith a été publié en 1945. Les éléments scientifiques propres à chaque espèce traitée par l'auteur sont toujours d'actualite mais côté mode de vie, moeurs et coutumes, les thaïlandais ont beaucoup changé.

Zoom et légende
Le temps où les pecheurs en bateau combattaient la ligne a la main, une journee entiere parfois, une carpe geante au-dessus de 100 kg (comme le decrit Hugh. M. Smith dans son ouvrage) est révolu. De nos jours, les riverains des fleuves ne passent plus leurs temps a pêcher pour gagner quelques bath (monnaie locale thaïlandaise) en vendant leurs prises au marché du coin. Ils préfèrent travailler à la ville pour la sécurité financière. Il y a bien toujours quelques locaux pour qui la pêche est un métier à part entière mais le nombre a régressé. Beaucoup d'entre eux se consacrent plutôt à la pêche des "koong me nam" (sorte de grosses gambas d'eau douce) dont la vente rapporte beaucoup plus que le poisson.

Côté pêche sportive, bien que la chair du Caho soit encore une fois réputée pour sa délicatesse, surtout si elle est cuisinée en pickle, cette espèce suscite à l'heure actuelle trop de respect de la part des pêcheurs thaïlandais pour terminer dans une assiette. En eaux privées, les règlements propres à chaque lac imposent de toutes façons la remise à l'eau systématique de toute carpe géante. Quant aux très rares captures en domaine public, même si la plupart des thailandais ne pratiquent pourtant pas encore le no kill, ils s'abstiennent de sacrifier un tel poisson. Il est probable qu'en province certains d'entre eux gardent leurs prises (encore faut-il avoir beaucoup de réussite pour prendre une carpe géante en rivière ou en fleuve), mais en règle générale on peut dire que le Catlocarpio est sauf.

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