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Patrice MaharibatchaP.M. : De quoi se nourrit se poisson dans son environnement naturel ?



Jean-François HéliasJ.F.H. : Pour le fleuve Chaophraya, il est dit que la majeure partie de son alimentation est basée principalement sur les restes de nourriture que les riverains des fleuves libèrent en lavant leur vaisselle, et donc principalement le riz. Elle se nourrit aussi de vers de terre tombés des berges, de très petites moules d'eau douce que l'on appelle ici "oy kap" et de végétation aquatique. Elles viennent donc se nourrir tout près des maisons et des berges. Il en est de même en lac ou en étang où les carpes se nourissent tout près du bord, souvent même au pied des pontons.

Quelque soit l'espèce de poisson qu'ils pêchent nécessitant l'utilisation d'un ressort amorcoir, les pêcheurs thaïlandais ont en effet le même geste pour nettoyer ces derniers avant de les remplir de nouveau. D'un geste brusque, ils frappent violemment la surface de l'eau plusieurs fois afin que les bribes d'appât restées collées à l'intérieur se désagrègent. Les carpes viennent donc aspirer tout près des berges ces restes d'appât. Il est donc totalement inutile d'avoir à les pêcher au large.

Patrice MaharibatchaP.M. : J'ai aperçu des ressorts amorçoirs sur les photos, avec quels appâts pièges-tu ce poisson?



Jean-François HéliasJ.F.H. : Avant de répondre à ta question Patrice, je dois t'avouer que je ne peux malheureusement pas te confier tous nos petits "trucs". C'est pourtant contraire à ma nature, moi qui suis d'un naturel plutôt très partageur. Mais pour diverses raisons qui seraient trop longues à expliquer ici, j'ai appris au fil du temps qu'il n'est jamais bon de trop en dire…

En fait, depuis que les pecheurs locaux se sont intéressés à ce poisson, rien n'a vraiment évolué en matière d'appât. Actuellement les meilleurs spécialistes du Pla Caho ont quasiment les mêmes recettes dont les deux ingrédients de base restent la farine d'écorce de riz et le lait de noix de coco.

Zoom et légende
Je dirais que c'est un bon appât qui a fait ses preuves et qui permet en dehors du Catlocarpio de toucher d'autres espèces de poissons comme entre autres le Rohu, une sorte de carpe originaire des Indes, ou une autre espece de carpe locale: la Small Scale Mud Carp. Auparavant nous utilisions la même formule d'appât que Lung Dam et Pi Poot, les meilleurs carpistes de Bung Sam Lan. Mais les résultats comme les leurs restaient tout de même en dent de scie. C'était terriblement frustrant pour nous à l'époque de guider ici de très bons carpistes européens, tous reputés dans leurs pays, comme le hollandais Arnout Terlouw, le belge Ronnie De Groote, l'anglais Joe Taylor ou encore le danois Docteur Jens Bursell, et de ne pouvoir leur assurer une seule prise de carpe durant leur séjour. On savait leur faire prendre entre 30 et 50 Mekong Giant Catfish par jour mais on restait tributaire de l'éventuelle "coopération" des carpes géantes.

Et puis tout a soudainement changé en Mai 2001! Il nous est venu l'idée de substituer l'appât traditionnel à base d'écorce de riz par notre "appat miracle" spécial Mekong Giant Catfish. Et il s'est très vite avéré que nous venions de "révolutionner" la peche de ce poisson. Une heure après avoir tendu une première plombée avec cet appât, je passais à l'épuisette une jeune carpe de 18 kgs. Nous n'avons plus aucun doute quant a l'efficacité de notre appât puisque pour la saison 2001, soit avec nos clients ou en pêchant pour notre plaisir personnel, nous avons eu exactement 70 departs de carpes géantes en moins de 7 mois.

Zoom et légende
Nous avons pris un total de 28 carpes pesant respectivement pour les 5 plus beaux sujets: 80 kg, 47 kg, 46 kg, et deux sujets de 45 kg et nous en avons "perdu" 42 , soit sur décrochage ou beaucoup plus frequemment sur casse. Pour 2002, nous avons eu 33 departs à ce jour pour 12 carpes finalisées. Dans la mesure où nous ne pêchons la carpe qu'occasionnellement puisque la demande de nos clients pour ce poisson reste malgre tout encore trés minime, on peut dire sans prétention aucune que c'est un résultat plus qu'exceptionnel qu'aucun autre carpiste local n'a enregistré à ce jour. C'est humblement parlant "un record" en quelque sorte dont mes guides et moi-même sommes assez fiers. Surtout lorsque l'on sait que les tout meilleurs spécialistes locaux comme nos amis Lung Dam ou Pi Poot, pêchant quasiment au quotidien, ne prennent que quelques spécimens dans l'année. D'ailleurs Lung Dam nous demande bien souvent maintenant de lui donner un seau de notre appât lorqu'il a envie de pecher la carpe.

Maintenant tu vas certainement me demander, pourquoi autant de poissons perdus, Patrice ? La première raison de ces departs de carpes non-finalisés est dûe parfois au fait que le poisson s'autoferre mal dans un premier temps. Il peut arriver que l'hameçon soit mal piqué, la carpe se décroche donc dans les premiers mètres de son rush avant que le pêcheur n'ai eu le temps de saisir sa canne en main. Mais nous les perdons en fait beaucoup plus fréquemment sur casse, sans pouvoir faire grand chose. La carpe géante siamoise est extremement puissante et fait preuve de beaucoup d'intelligence et de vice. Ces grosses carpes connaissent parfaitement leur territoire et savent exactement en particulier ou sont les nombreux obstacles propres au lac de Bung Sam Lan. En l'occurrence les piliers de bois d'un pont traversant ce lac ou ceux soutenant les bungalows et pontons voisins de notre poste de pêche.

Une fois ferrée, si par chance la carpe s'enfuit dans "la bonne direction" qui est en ligne droite vers le large, la partie est normalement quasi gagnée. A moins bien sûr d'une erreur en combat. Mais si d'entrée elle sprinte sur le cote en direction des obstacles que je viens d'énumérer, c'est "quitte ou double" pour "sauver la prise". La seule parade tout d'abord pour éviter la casse dans ce genre de cas est de ne surtout pas essayer de contrer la fuite du poisson en force lors de son rush de départ : c'est de toute facon peine perdue. Ces carpes géantes sont absolument instoppables même sur de la tresse de 50 a 80 lb. La moindre friction de la tresse sur ces piliers de bois (ou les clous sont nombreux) et c'est la casse assurée! C'est d'ailleurs ce qui se passe beaucoup trop souvent puisque certains pecheurs, sans doute dans un état d'excitation intense, oublient les conseils qu'on leur a donné auparavant ou ne nous écoutent plus quand on les leur redonne dans l'action.
Il est impossible au pêcheur d'estimer où se tient précisement la carpe sous l'eau à ce moment-là. Il tente de la contrer en force pour la faire changer de direction alors qu'elle est déjà dans les obstacles. Et c'est la casse! Le processus à suivre est pourtant simple: une fois qu'il a assuré son ferrage, l'hamecon étant alors solidement planté, la carpe normalement ne se depiquera pas. Il suffit ensuite de desserrer le frein de son moulinet pour laisser le poisson poursuivre librement sa course tout en gardant le contact. Ensuite c'est a nous d'intervenir par un travail d'equipe dont nous avons l'habitude pour sauver une prise potentielle.

Ce processus est particulierement cocasse à observer et amuse particulierement nos clients. Pour ce faire, il faut être minimum deux guides se tenant sur le pont, à la verticale des obstacles (piliers) par où la carpe s'est enfilée avant de poursuivre sa course au large. A l'aide d'une ligne à main munie d'un grappin, un des 2 guides prospecte sous l'eau de facon à retrouver la derniere partie de la ligne entre la carpe et les obstacles. Démarre ensuite une sorte de course contre la montre - ou plutôt contre la carpe - où chaque seconde est précieuse. Pendant que la carpe continue sa course au large, le second guide qui tient la canne du pecheur en main extrait a toute vitesse le plus de fil possible du moulinet qu'il laisse flotter sur l'eau. Lorsqu'il juge en avoir dévidé suffisament, il coupe alors le fil côté canne, et court jusqu'au second guide qui lui a déjà extrait, en 4eme vitesse, l'autre partie de la ligne enroulée autour des obstacles. Il suffit alors de renouer les 2 extremites du fil, toujours à pleine vitesse, et de redonner la canne au pêcheur qui peut maintenant reprendre le combat avec sa carpe.

Cette méthode éprouvée marche dans 99 % des cas pour les gros silures du Mekong qui eux sont la plupart du temps récupérables. Pour les carpes géantes, c'est plus aléatoire! Au lieu de passer une ou deux fois seulement à travers les obstacles comme le font les très gros Mekong Catfish, les gros specimens de Catlocarpio qui connaissent la musique s'enfilent en zigzaguant - presque "avec vice" pourrait-on dire - autour de ces piliers. Il faut donc répéter dans ce cas l'opération autant de fois que cela le nécessite pour retrouver sous l'eau la derniere partie de la ligne emmêlée, reliée à la carpe. Certains poissons poussent le vice jusqu'à passer de 7 à 8 fois autour de ces piliers avant de ressortir vers le large. Ce sont ces très grosses carpes que l'on perd la plupart du temps. La friction de la tresse autour de tant d'obstacles est trop importante. Lorsque l'on retrouve enfin la dernière partie de la ligne, la carpe n'est plus au bout…casse ou décrochage!


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Pour en revenir a notre recette d'appât, il est évident, Patrice, que je ne peux te donner sa recette détaillée! Tout ce ce que je peux dire, c'est que sa base principale est le pain de mie imprégné de lait de noix de coco, et mélangée à plusieurs autres ingrédients. Deux en particulier nous coutent ici "une fortune", mais ce sont bien sûr ces deux "poudres de perlimpinpin" qui font la différence. Nos clients le constatent par eux-mêmes sur le Mekong Catfish aux côtés des habitués du lac. Ils prennent 10 poissons quand les pêcheurs locaux n'en prennent qu'un ou deux !

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