Les pluies constantes de début de saison ont rendu impraticables, à l'ouverture de très nombreux cours d'eau. Je nous vois démoralisés devant le spectacle d'une rivière en crue, désœuvrés de ne pouvoir tremper notre mouche dans cette eau chocolat, pester contre El Nino ou le réchauffement climatique de la planète. Reconnaissons-le : au moins ces précipitations ont eu du bon ! Impossible en effet de se plaindre que les réserves d'eau soient en baisse et que la nappe phréatique de Beauce ressemble à un raisin sec. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser que ce réchauffement, tant craint au point que les gouvernements décident de se réunir à Rio, Kyoto ou La Haye pour en débattre, influe sur notre climat... et ce, dès maintenant! Les relevés météorologiques font apparaître qu'entre 1990 et 1999, nous avons traversé les années les plus chaudes depuis 50 ans. Les chercheurs prévoient qu'en 2100 la température moyenne de l'air au niveau du sol pourrait subir une augmentation située entre 1,5 et 5 OC et le niveau des océans s'élever de 1 m. Il faut s'attendre, selon eux, à des réjouissances du style : accroissement de la sécheresse dans les pays les moins développés, et croissance de l'amplitude et de la fréquence des orages, des inondations et des crues.
A l'évidence, la physionomie de la pêche dans notre pays risque de changer. Pourquoi dans ce cas ne pas envisager dans une centaine d'années de pêcher le bonefish à Cherbourg ? Celui-ci risque en effet de disparaître des flats des Bahamas pour la simple et bonne raison que cet archipel aura été recouvert par les eaux ! Et il se pourrait fort bien que, grâce au radoucissement tant annoncé, nous apercevions des mouches de mai... à la Chandeleur. Nous pouvons même imaginer qu'il soit permis de pêcher la truite sans interruption. Plus de fermeture... puisqu'il n'y aurait plus d'hiver. Un scénario à la Barjavel qui nous convaincrait presque que ces contrariétés climatiques sont une bénédiction. À chaque chose malheur est bon !
Je plaisante bien sûr, mais en attendant que les spécialistes se mettent d'accord et que les CFC * ne soient plus qu'un mauvais souvenir, nous avons encore et heureusement de belles parties de pêche devant nous.
* Les CFC sont les gazs présents dans les aérosols, tenus responsables de l'augmentation de l'effet de serre sur la planète. |