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La marche dans l'eau en pêchant
Dans la Haute-Vienne (87) toutes les rivières dites de 1ére catégorie "à
salmonidés dominants" sont soumises à une interdiction nouvelle, donc
événement notable et remarquable.
Il s'agit d'interdire "la marche dans l'eau en pêchant jusqu'au 3 mai 2002".
Quelques jours avant l'ouverture 2002, une information dans la presse locale
présente par arrêté de la préfecture (plus précisément de la DDAF) cette
interdiction pour éviter de détruire la reproduction naturelle de truites
qui a été retardé à cause du climat jugé très froid de l'hiver dernier
(depuis novembre 2001, date supposée du frai et tout le monde sait qu'il
faut environ 400 degrés-jour pour voir émerger les alevins de truite).
C'est à coup sûr une très bonne chose, un signe très protecteur, mais qui
appelle quelques réflexions. Voici les miennes qui ne sont peut-être pas les
plus représentatives car elles sont suscitées par ma connaissance des
rivières du département (ce n'est pas le pôle nord).
Protéger la reproduction naturelle, c'est certainement un grand progrès dans
l'état d'esprit d'aujourd'hui.
1° Pourquoi ne protéger que la reproduction des truites ?
Il y a aussi la reproduction des autres poissons : ombres, goujons,
vairons...; Il est tout de même curieux de protéger une fois comme il vous
prendrait une envie subite (il a fait froid un certain temps) et passagère !
2° Pourquoi interdire le wading dans des secteurs où il n'y a pas de
frayères ni l'habitat de vie adéquat ?
En effet le mode de pêche visé est celui que pratique surtout les moucheurs
: le wading. Il faut rappeler que les rives encombrées de nos rivières ne
sont plus celles de nos ancêtres. Les bords sont tellement boisés ou
en-roncées (végétations sauvages !), pour ne pas dire impraticables, qu'il
est impossible de lancer la mouche ou un leurre au fouet dans ces
conditions. Il reste 'arbalète (technique difficile !) ou un autre mode de
pêche. Alors exit la mouche, vive l'asticot ou son équivalent. Ou alors
aménager les rives sans le fouillis végétal. Voilà du boulot pour les
propriétaires riverains, qui veulent bien l'être mais surtout pas faire leur
devoir (de nettoyer leur propriété). Ce n'est certes pas simple, car
aujourd'hui on a un mal de chien de faire entendre raison aux propriétaires.
De plus dans le secteur que je connais bien (vallée haute de la Vienne dans
le département de la Haute-Vienne) il y a des kilomètres de rivières dont le
fond est ensablé (érosion naturelle, érosion due au lâcher EDF et au vidange
d'étangs, à la multiplication de nouveaux chemins forestiers et à la
pratique de la coupe de bois, moderne et radicale) et autant dont l'habitat
n'est pas celui requis pour des frayères à truites ni pour l'émergence des
petits. Alors plutôt que de s'attaquer au milieu pour lui redonner une
importance digne de ces rivières, on lui préfère une interdiction générale.
Alors vous vous rendez compte de cette simplicité, chacun avec son seau et
sa pelle pour ôter des mètres cubes de sable, ou déposer des galets, des
moellons pour reconstituer un habitat.
Alors en attendant pourquoi ne pas sectoriser les endroits à protéger par
des panneaux indiquant le pourquoi du comment ? Ce serait peut-être trop
simple, mais les pêcheurs en France ne sauraient-ils pas lire ? Pourtant ce
serait lisible par tous, mais il faudrait connaître ces secteurs et là c'est
encore moins simple.
3° Pourquoi cette interdiction n'a pas été prise dans les autres
départements ?
Le froid se serait-il arrêté en Haute-Vienne ? Certainement pas, mais il est
étonnant et risible d'entendre q'il y a un réchauffement de la planète (fi
donc !) et que les spécialistes des oiseaux migrateurs ont constaté une
migration encore plus prématurée que les autres années (ben çà alors, il
fait froid puis il fait chaud ?!). Pourtant, c'est vrai, il a fait froid en
décembre 2001. La Vienne a eu quelques rives de glace. C'était beau, mais
pas exceptionnel. Et en Janvier et février, faisait-il aussi froid ?
Toujours est-il que les pêcheurs touristes (il y en a), soit ils se sont
fait pincer soit ils ont été ailleurs. La fréquentation le jour de
l'ouverture (le samedi matin, par comptage du nombre de voitures arrêtées
aux ponts ou ailleurs) a bien démontré q'il y avait encore moins de pêcheurs
que les années précédentes. Cependant il y avait quelques voitures
immatriculées dans des départements voisins (24,79,82,86) comme on le voit
tous les ans à l'ouverture. Étaient-ils bien informés ? Et les autres,
auraient-ils fui dans les départements où il n'y a pas cette interdiction ?
Si oui, "il y a concurrence déloyale", dit le chaland !
4° Pourquoi interdire jusqu'au 3 mai et non pas jusqu'au 30 avril ?
Cette date butoir du 3 mai 2002 ! ??
Primo : question technique que je ne maîtrise peut-être pas assez : à
supposer que le frai se fasse le 15 novembre, le nombre de jours jusqu'au 3
mai est de 170. Si la température moyenne est de 3° (ce qui est déjà bien
bas), cela fait 510 degré-jour. C'est bien au delà des 400 : 110 jours,
c'est presque 4 mois en plus. Si la température moyenne est de 2° (et cela
m'étonnerait bien), cela fait 340 degré-jour. C'est plus prés de 400. A
votre avis, de novembre à mars non compris quelle est la température moyenne
de l'eau en France, en Haute-vienne plus spécialement ? Pourquoi l'ouverture
est alors fixée en mars, soit 105 jours de gestation si l'on peut dire
quelle que soit la température moyenne (il faudrait qu'elle soit à 4°) ?
Secundo : Sus au pêcheur du dimanche et du jour de fête du travail ! Ah,
mais ! Il ne faudrait qu'il pille ma rivière sous prétexte que le 1er mai
est un jour où il commence à faire bon au bord de l'eau ! Il peut donc bien
attendre 3 jours de plus.
De toute façon puisque le frai des ombres va bientôt commencer, la date
butoir je la verrais bien au 6,559 juillet (pourquoi 6,5 ? parce que ça fait
euro !), pas vous ?
5° Est-ce que la DDAF de la Haute-Vienne a bien mesuré les conséquences et
comment a-t-elle pris cette décision ? Est ce que la DDAF essaye de cacher
quelques problèmes connus ?
Comme je l'indique plus haut, les professionnels du tourisme pêche doivent
être contents !
En vérité, je pense que la DDAF a pris cette décision d'interdiction pour
bien montrer qu'on se préoccupe des poissons avant tout (peut-être que la
DIREN doit être satisfaite, bien que jusqu'à présent elle a plutôt montré
une certaine indifférence) et sur le conseil du CSP qui connaît bien le
problème du département. Or le CSP est aussi présent dans les autres
départements. Notamment en Corrèze, car ce qu'il faut savoir, c'est que la
Vienne est une rivière qui prend sa source dans ce département. Alors on
comprend mal pourquoi il n'y a pas d'arrêté en Corréze. Il y a une
incohérence incompréhensible. On peut penser que les DDAF de 2 départements
ne se consultent pas, mais le CSP ??
En outre devant cet élan de préoccupation superbe et généreux des truites,
pourquoi la DDAF dans ce département n'arrive pas à résoudre le problème des
4.000 étangs (7.000 selon la Fédération des AAPPMA) dont une très grande
partie ont été construits en toute illégalité qui ont bousillé tous les
ruisseaux de 1ére catégorie ("à salmonidés dominants") et qui aujourd'hui
sont des ruisseaux de 2éme catégorie ("à cyprins dominants") ? Ici, je
veux condamner non seulement les particuliers irrespectueux mais aussi et
surtout la DDAF qui a laissé se créer cette situation.
Pourtant, je suis sûr que la Fédération départementale des AAPPMA de la
Haute-Vienne a été consulté d'une certaine manière. Si elle l'a été, que ses
dirigeants soient en accord pour cette mesure, cela m'étonne : ce n'est pas
leur style puisque ils nient toute forme de protection y compris les
parcours "no kill". Quant à la consultation des AAPPMA qui pourraient être
concernées, fi ; mais c'est quoi ça, à quoi cela sert-il ! En conséquence,
qu'on ne vienne pas me parler de pêche démocratique, populaire ou autre
adjectif !
Moralité : il vaut mieux avoir aujourd'hui son espace privé de pêche (étang,
rivière) plutôt que d'avoir une carte annuelle qui vous interdit la pêche
prés de six mois. Car tout est plus simple !
Pourtant c'est une bonne mesure, mais à relativiser comme je l'indique dans
ce discours.
Alors, ensemble :
Protégeons en permanence,
Améliorons encore et toujours.
Sauvegardons la vie aquatique et le loisir pêche en sera nettement
meilleure.
Ne tombons pas dans le piége de l'interdiction anarchique.
Au fait, est-ce que le kayakiste qui dessale sur une frayère peut être
réprimandé ? Les raids, rando, cyclo, moto, peuvent-ils marcher dans l'eau ?
Si oui, alors ami pêcheur, il va falloir apprendre à pêcher, par exemple, à
vélo...; dans l'eau !
Georges Margout
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