|
Dans l'édition de la Lettre du Pêcheur,
nous faisions part dans notre revue de presse d'un article du National Géographic
concernant le problème de diminution constatée
des effectifs d'Ephemeroptera en Grande Bretagne.
Suite à notre lettre le Dr Gérard MASSELOT,
Hydrobiologiste, Docteur es Sciences, Ingénieur Ecologue,
Attaché au Museum National d'Histoire Naturelle Paris
et Expert au Comité Français de l'UICN (gestion des écosystèmes)
a immédiatemment réagi et nous a fait part de son sentiment pour le moins mitigé
concernant cette info et nous recommande prudence et septicisme de rigueur.
Vous trouverez ci-dessous la brève que nous avions publiée fin janvier
ainsi le courrier plus qu'interessant que nous a adressé M. Masselot.
LES MOUCHES DES CHALSTREAMS ANGLAIS VICTIMES DES PILLULES CONTRACEPTIVES ?
Le déclin dramatique des mouches et de la vie aquatique sur les chalkstreams anglais inquiète les pêcheurs à la mouche. Une étude récente menée par l'Agence d'Environnement (EA) sur les chalkstreams d'Angleterre méridionale montre une réduction importante de l'abondance des mouches de mai. Il y a plus de 40 espèces d'Ephemeroptera dans les îles britanniques. Les populations de "blue-winged olive" et "Iron blue and large dark olive" ont diminué de 66 et 65 pour cent respectivement depuis les années 70. Les populations de "blue-winged olive" and "pale watery" ont souffert dans des proportions similaires.
Sur la Test River par exemple, dans le comté du Hampshire le nombre de "blue-winged olive" a été divisé par plus que 2 entre 1995 et 2000. Les causes de cet effondrement n'ont pas été encore identifiée, mais il y a nombre d'hypothèses possibles : débits réduits provoqués par les détournements d'eau pour utilisation commerciale et domestique, écoulement agricole, changement de climat, la pollution des installations de traitement d'eaux d'égout... Cyril Bennett, un biologiste spécialiste des invertébré d'eau douce, a pris une photographie inquiétante d'un grand mâle olive foncé pondant les oeufs !
Une étude dE L'EA parue l'année dernière tendrait à prouver que la moitié des poissons mâles développent des caractéristiques féminines : les conduits reproducteurs femelles et les oeufs dans leurs testicules. Les scientifiques forment l'hypothèse que l'oestrogène synthétique utilisé dans les pilules contraceptives puisse augmenter dans les fleuves par l'intermédiaire des installations de traitement d'eaux d'égout. Il est possible, disent-ils, que le produit chimique aie le même effet sur les insectes aquatiques...
(Source : National Geographic - Janvier 2003)
***
COURRIER DU DR MASSELOT EN DATE DU 22 JANVIER 2003
Bonjour!
Vous faites état, dans la dernière livraison de votre magazine internet 'La lettre du Pêcheur', du réel problème de diminution des effectifs d'Ephemeroptera en Grande Bretagne (qui ont un nom spécifique autre que celui exclusivement britannique que vous indiquez!) qui serait dû aux oestrogènes de synthèse.
S'il est vrai que les molécules présentes dans les pilules contraceptives peuvent jouer un rôle (semble-t-il relativement facilement traitables par filtrage des effluents sur charbon actif), il faudrait être complètement lucides: des groupes de recherche internationaux confirment effectivement cette source de nouvelle pollution (et y travaillent encore actuellement), mais incluent également, et bien plus fréquemment, dans les "endocrine disruptors" les produits de dégradation de certains phytosanitaires...
Plus, évidemment, tout ce que nous ne connaissons pas encore!
Un calcul simple permet de prendre du recul: il suffit de mesurer la vente de pilules contraceptives, de calculer ces ventes dans le temps, de vérifier s'il existe une corrélation forte entre ces ventes et la disparition des Ephemeroptera cités, et de constater que les "pilules" ne sont pas (bien loin de là) les seules éventuelles responsables!
Vous trouverez une ample bibliographie notamment aux Etats-Unis (EPA) évidemment en langue anglaise, mais aussi au Danemark, etc...
Le terme endocrine disuptors tapé sur le plus modeste des moteurs de recherche vous fournira la liste de ce qui existe, souvent en fichiers pdf....
Donc, prudence (et scepticisme, base même de toute démarche scientifique), même avec le National Geographic (qui n'est PAS, à ma connaissance, une revue scientifique avec Comité de lecture)!
A votre disposition si précisions!
Cordialement
Gérard MASSELOT
Hydrobiologiste
Docteur es Sciences
Ingénieur Ecologue
Attaché au Museum National d'Histoire Naturelle Paris
Expert au Comité Français de l'UICN (gestion des écosystèmes)
Vous souhaitez réagir ?
|
|