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C'est à l'invitation de la Fédération des Coopératives du Nouveau Québec (F.C.N.Q) que je me suis rendu durant l'été 1999, au camp de pêche de la rivière Tunulik, à la découverte des ombles géants ("chars" pour les québécois).
Cette rivière a la particularité de voir remonter lors de la saison du fraie que les gros ombles dont le poids varie de 8 à 13 kilos. Ce phénomène est unique dans cette partie du Grand Nord.
De nombreux biologistes ont pendant des années étudié cette rivière et imaginé tous les paramètres possibles : ils n'ont pas trouvé la solution. Si la majorité des ombles naissent dans d'autres rivières la Tunulik ne récoltent lors du fraie que les gros issus de toutes les rivières du Grand Nord. Pourquoi ? la question est sans réponse, à la grande joie des passionnés de pêche comme moi, qui depuis des décennies bourlingue à travers les grands espaces de cette région du Canada.
J'ai pêché sur les plus grandes rivières telles la rivière Payne, la rivière aux Feuilles, la Kolsoak, la rivière aux Mélézes, la célèbre rivière George, la rivière à la Baleine. Toutes ces rivières renferment un potentiel de pêche impressionnant. La pression y est quasi inexistante et le seul moyen pour y accéder est l'hydravion. J'ai pêché dans des régions aussi grandes qu'une bonne dizaine de départements avec pour seuls compagnons : le pilote de l'hydravion et mon guide Inuit Norman. Il connaît cette région comme sa poche et ne craint pas au cours de ces parties de chasse à coucher dehors au creux d'un rocher avec les aurores boréales pour couvertures.
Je débarque à Montréal par un après midi de juillet avec une température digne de la côte d'Azur. Je commence à prendre conscience que je suis sur une autre planète, c'est comme cela à chaque voyage au Québec. Dés que j'ai posé pied sur le sol canadien un sentiment de bien-être m'envahi et l'adrénaline commence à monter. Après avoir récupéré mes bagages et mes précieuses cannes à pêche, je me dirige vers mon hôtel où je rejoints mon ami Stephen Asthon Directeur Touristique de la Fédération. C'est lui qui a planifié mon séjour pour une fois je ne fais pas tout même car je suis directeur de la programmation dans une agence de voyage à Genève proche de mon domicile français. Un bon repas dans le vieux Montréal et la fin du repas du repas tourne invariablement sur la pêche. Mais il faut se coucher car demain une dure journée m'attend. Inutile de vous dire que mon sommeil fut entrecoupé de poissons gros comme ça...
Après un solide petit déjeuner que je qualifierai de "bûcheron", direction l'aéroport de Dorval. Il est 6 heures du matin et déjà règne une activité fébrile ; ici une famille indienne, là un groupe d'inuit et son stock (bagages), plus loin des bûcherons avec leurs outils et pour agrémenter les jours de repos bien sur la canne à pêche. Un retard de dernière minute dû à un incident technique retarde le départ de notre Boeing, et j'en profite pour lier amitié avec tout ce beau monde.
Enfin nous partons. Le vol est assez cocasse : selon le nombre de passagers on recule ou on avance les parois mobiles et l'arrière fait office de soute, chose qui serait impossible dans nos contrées, mais ici nous sommes au Canada et nous partons vers le Grand Nord où les mentalités sont différentes.
Là aussi nous avons droit à un solide petit déjeuner. A travers le hublot, dans un ciel sans nuages, nous apercevons le forêt québécoise qui s'étend à perte de vue entrecoupée de lacs et de rivières. Nous distinguons quelques camps de pêche (pourvoiries) dont le seul lien avec le monde moderne est l'hydravion. Au fur et à masure que nous montons vers le nord la forêt disparaît pour faire place à la toundra, qui en cette période de l'année est verdoyante, les lacs et les rivières sont de plus en plus nombreux. Deux heures trente plus tard nous atterrissons à Kuujjuaq (fort Chimo pour les "blancs").
Rien à voir avec Roissy, ici un bâtiment aménagé sert de hall de départ et d'arrivée, de réception pour les bagages, ce n'est pas le souk, mais on y est presque. Cet aéroport fait office de plaque tournante pour les destination de Résolute Bay, la Terre de Baffin une île grande comme la France. Là aussi l'attente est longue. C'est fou ce que l'on peut attendre dans un aéroport. En fin notre dernier moyen de transport arrive et nous embarquons dans le twin-otter.
Le surplus de bagages est arrimé au fond de l'avion. L'aventure commence au bout de la piste. Le twin transporte une dizaine de passagers : six américains qui viennent chaque année, cinq Inuit chargés comme des mulets et Bibi le seul européen à tenter l'aventure au bout du monde.
Le vol se passe sans histoire. Ne volant pas très haut nous distinguons nettement les accidents du relief, les lacs, la toundra, les rivières et leurs rapides, sans jamais voir aucune habitation. Il est vrai que le territoire Inuit est grand comme notre vieille France, mais est peuplé seulement de 6000 habitants. Autant dire qu'on ne se bouscule pas et que la pêche au coude à coude ici on ne connaît pas.
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