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La pêche au Mont Torngats dans le Grand Nord canadien


Le rêveSi le paradis existe, pour bon nombre de pêcheurs il doit se situer au Canada plus précisément dans le Grand Nord québécois. Ce territoire grand comme la France est peuplé seulement de 6000 habitants en grande majorité inuit, installés le long de la Baie d'Ungava et de la Baie d'Husdon. C'est dire que tout l'intérieur est vide, hormis les hardes de caribous et les nombreux ours noirs et orignaux qui se partagent la toundra parsemée de maigres épinettes. En outre l'accès de ce territoire n'est possible qu'avec l'hydravion qui remplace le taxi chez nous. Les seules routent existantes, prennent leur départ dans les villages des 12 communautés inuit et se perdent par une trace à peine visible au sol dans l'immensité des grands espaces. Mais ce qui attirent les pêcheurs du monde entier dans cette région surnommée en hiver le grand désert blanc, c'est la densité et la qualité du poisson. La pêche se pratique dans les rivières et lacs où foisonnent truites grises, truites mouchetées, saumons atlantiques, ombles arctiques, brochets du nord ( maskinongé). Tous ces spécimens dépassent allègrement les 7 voire les 12 kg et plus. Certains visionnaires, businessman de surcroît ne s'y sont pas trompés en achetant au gouvernement des concessions, afin d'y vendre un produit rare et recherché : la pêche dans le Grand Nord. Serge Lagacé et son frère Alain sont depuis leur plus jeune âge des adeptes de la pêche et de la chasse. Certes leur lieu de résidence à proximité de Montréal est un terrain idéal pour pratiquer leur sport mais le virus de la découverte et de nouveaux espaces les poussent vers le Grand Nord. En 1977 Alain décroche un poste de guide au saumon, à l'omble arctique et à la chasse au caribou dans une pourvoirie de la prestigieuse rivière George. Il y travaille pendant 3 ans. Ayant trouvé du travail au village de George River, il abandonne la place à son frère Serge qui reprend le flambeau. Quelques années passent, le Grand Nord commence à livrer ses secrets sur les coins de pêche et de chasse les plus productifs. En 1985 Alain Lagacé à force d'économies achète un hydravion pour transporter les clients, mais aussi pour découvrir ces coins de pêche qui font la renommée de telle ou telle pourvoirie. L'idée d'obtenir une concession commencent à germer dans l'esprit des deux frères. Mais pas n'importe laquelle.
Un territoire qui saura plaire aux futurs clients par la qualité de la pêche, de l'environnement. A force de chercher on trouve forcément et en 1990 les frères Lagacé obtiennent une concession à la limite du Labrador, au pied des Monts Torngats. C'est une terre vierge, inexploitée ou peu explorée, mais le potentiel halieutique est de premier ordre. Comme les premiers découvreurs ils nomment ce coin du Grand Nord " Rapid Lake Lodge ". Ils y construisent une auberge en bois rond, pouvant recevoir 12 personnes par semaine. Le confort n'est pas oublié le client dispose, des douches avec eau chaude, des toilettes ainsi qu'une salle à manger et un salon aux fauteuils profonds d'où il peut jouir d'une vue imprenable sur l'immense et magnifique lac qui fait face au lodge. De la il aperçoit la toundra et ses maigres épinettes, les hardes de caribous à la recherche de lichens. Les repas sont extrêmement copieux et variés allant de la cuisine québécoise aux spécialités inuit. Un endroit que beaucoup de pêcheurs apprécient. La nature est omniprésente avec pour spectacle les aurores boréales que l'on ne voit que sous ces latitudes.

Une belle pièce...Lors de mon séjour à la pourvoirie Rapid Lake Lodge j'ai pu mesuré la distance qui me sépare de la civilisation. Ici pas de voitures, d'usines, de villes, non rien que la nature à perte de vue entrecoupée de lacs et de rivières à faire rêver plus d'un pêcheur. J'ai aussi apprécié l'accueil des frères Lagacé, toujourds proche du client qu'ils considèrent comme un ami. Ce n'est malheureusement pas toujours le cas chez certains pourvoyeurs, qui considèrent les clients surtout américains comme des " tirelires ". L'Europe étant sur les rails, c'est une manne non négligeable qui pourrait dans les quelques années déferler vers le Grand Nord d'autant plus que notre capital halieutique s'est rétrécit, comme une peau de chagrin. Déjà, sentant le vent tourner les pourvoyeurs sont de plus en plus sensible aux demandes de la vieille Europe, lui faisant les yeux doux, en espérant attirer un nombre grandissant de pêcheurs et de chasseurs d'année en année.
Mais se rendre dans le Grand Nord ne s'improvise pas. Il faut planifier son voyage un an à l'avance. Les places sont limitées et les premiers arrivés sont les premiers servis. Il est courant de voir les plannings s'étaler sur 3 ou 5 ans. Un spécialiste en la matière saura mieux vous conseiller sur le choix de vos désirs tout en tenant compte de votre portefeuille. Comme beaucoup de choses ce qui est rare est cher……. Tout d'abord une fois arrivé à Montréal, il faut passer la nuit dans un hôtel. Le lendemain de bonne heure un avion vous emmènera aux portes de la Baie d'Ungava à Kuujjuaq ( Fort Chimo pour les blancs) à 1800 km au Nord de Montréal. Cette distance sera parcourue en 2 heures par un jet généralement un Boeing 737. Une fois arrivé vous ferez connaissance à votre descente d'avion avec les moustiques, histoire de vous souhaiter la bienvenue. Puis un hydravion piloté par Alain Lagacé vous mènera à la pourvoirie. En une heure de vol vous survolerez plus de lacs et de rivières que vous en aviez vu dans votre vie. Toute cette richesse d'eau recèle une faune halieutique impressionnante, l'homme étant quasi absent de ces contrées, le prédation n'existe pas. De plus les pourvoyeurs tiennent à leur potentiel, c'est la poule aux œufs d'or qui ne faut pas tuer. Tout au long du parcours nul arbre, vous êtres ici dans la toundra, les grands espaces ou seule la vie animale règne en maître. Il est possible d'apercevoir les caribous, les chutes d'eaux, mais aucune habitation. Enfin sur la ligne d'horizon, apparaît la pourvoirie de Rapid Lake Lodge. Majestueuse et se découpant dans le vert de la toundra québécoise, elle attire le regard avec son bois rond et le lac d'un bleu profond. Tout autour quelques forêts clairsemées Dès l'arrivée vous êtes pris en charge par Serge Lagacé qui avec l'accent si particulier des québécois vous adresse la bienvenue avec un petit sourire qui en dit long avec votre première rencontre avec les moustiques. Ici pas de chichi, pas de monsieur, on vous appelle par votre prénom et au bout de quelques minutes on vous tutoie. Ce n'est pas irrespectueux quand on sait qu'au Québec tout le monde se tutoie. Que vous soyez mineur ou directeur tout le monde est logé à la même enseigne. Une fois installé, pas de temps à perdre. La canne dans une main me voici dans un bateau qui m' emmène sur le lac. Le guide vous mène vers les endroits les plus productifs que vous soyez lanceurs ou moucheurs. Le contact avec le poisson ne se fait pas attendre. L'été est court et le poisson doit se nourrir avant que les premiers froids arrivent. Au cours de cette après midi de pêche j'ai pris une bonne dizaine de truites grises, le poids variait entre 5 et 8 kg et une multitude de truites mouchetées dont le poids avoisinait les 2 kg. Quant à mon guide il était content de me voir prendre du poisson, le pourboire en fin de séjour allait être royal...

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