Les premières matinées fraîches commencent à arriver, les températures baissent doucement et l’eau va progressivement suivre le même chemin. Pour beaucoup de pêcheurs de brochets, c’est aussi le moment où les boîtes changent un peu de visage.
Les petits leurres restent évidemment efficaces, mais les gros shads, swimbaits et jerkbaits reprennent une place importante dans mes boîtes. Quand les brochets commencent à s’intéresser à des proies plus conséquentes, le big bait devient une approche particulièrement intéressante.
Encore faut-il avoir le matériel adapté. Lancer toute une journée des leurres de 100, 150 voire 250 g avec une canne ou un moulinet mal choisis peut rapidement devenir pénible. Avec un ensemble cohérent et les bons gestes, on peut au contraire passer plusieurs journées à pêcher lourd sans avoir l’impression de laisser une épaule au bord de l’eau.

Il n’existe pas de frontière parfaitement définie.
Mais à partir d’environ 60 g, on commence clairement à s’éloigner des leurres traditionnellement employés pour le brochet et à entrer dans l’univers du big bait.
Et la limite supérieure est finalement très loin. Certains leurres dépassent les 500 ou 600 g, même si dans la pratique les ensembles les plus couramment utilisés permettent surtout de lancer des leurres compris entre 60 et 250/300 g.
Derrière le terme big bait se cachent également plusieurs familles de leurres. Un jerkbait de 80 g ne se lance et ne s’anime pas du tout comme un swimbait de 200 g. C’est pour cette raison que le choix de la canne devient rapidement primordial.
Un moulinet légèrement sous-dimensionné pourra toujours pêcher pendant quelque temps, même s’il risque de s’user rapidement.
Avec une mauvaise canne, le problème se ressent immédiatement. Les lancers deviennent moins fluides, la canne charge mal et les épaules comme les bras encaissent beaucoup plus à chaque lancer.
Il est techniquement possible de pêcher le big bait avec une canne spinning, mais dès que les poids deviennent importants, le casting apporte généralement beaucoup plus de confort. Avec un moulinet spinning, il existe également le risque de voir le pick-up se refermer pendant un lancer appuyé. Avec un leurre de plus de 100 g au bout de la ligne, les conséquences peuvent être assez coûteuses.
Pour cette raison, les cannes casting restent clairement les plus adaptées.
On peut grossièrement séparer les cannes big bait en deux grandes familles : celles destinées aux jerkbaits et celles pensées pour les swimbaits.
Pour le jerkbait, j’aime avoir une canne relativement courte et assez raide. Elle doit permettre d’imprimer facilement des coups de scion secs à un leurre dur qui pèse généralement entre 50 et 120 g. Le moulinet peut alors avoir un ratio assez élevé, supérieur à 5:1 voire autour de 6:1, afin de récupérer rapidement la bannière détendue entre deux animations.
Avec les gros swimbaits, la logique est presque inverse.
Les cannes sont généralement plus longues, souvent autour de 2,40 à 2,60 m, et travaillent davantage pendant le lancer. Cette souplesse permet d’accompagner progressivement les leurres lourds plutôt que de les propulser brutalement. Elles peuvent afficher des puissances allant de 50 g jusqu’à plus de 300 g, avec généralement un talon assez long, souvent proche de 42 cm, qui apporte beaucoup de confort.
Pour ce type de pêche, je privilégierais plutôt un moulinet avec un ratio plus faible.
Trouver une seule canne parfaite pour tout faire reste donc compliqué, les besoins étant presque opposés. Une canne autour de 2,20 m pour 150 g de puissance peut néanmoins constituer un compromis intéressant pour celui qui souhaite commencer avec un seul ensemble.
Pour cette pêche, je m’oriente clairement vers les moulinets casting.
Lorsque les fabricants indiquent une taille, un moulinet de taille 300 correspond déjà généralement à un véritable modèle big bait.
On peut retenir quelques ordres de grandeur :
Ce ne sont évidemment pas des frontières strictes, mais elles donnent une bonne idée du matériel à rechercher.
Je regarde également la capacité de la bobine. Pouvoir recevoir 100 à 150 m de nylon de 30/100 ou l’équivalent en tresse est déjà un bon indicateur.
Pour le swimbait, un ratio relativement lent sera souvent plus confortable. Quant au frein, les moulinets destinés au big bait annoncent régulièrement plus de 10 kg de puissance, mais ce chiffre n’est pas forcément déterminant : on utilise rarement une telle pression pour combattre un brochet.
Avec un leurre de 100 ou 200 g qui part à pleine vitesse, je ne cherche surtout pas à gagner quelques mètres de lancer en utilisant une tresse trop fine. Les tresses 8 brins et plus sont plus rondes, glissent mieux dans les anneaux et génèrent généralement moins de bruit.
Elles peuvent en revanche être un peu plus sensibles à l’abrasion sur les rochers ou certains obstacles. Dans des environnements très encombrés, une tresse 4 brins peut donc avoir du sens.
Pour les diamètres, je resterais volontairement solide : environ 25/100 pour des leurres de 50 à 100 g, 30/100 autour de 100 à 150 g et 35/100 lorsque les poids augmentent encore.
Ces diamètres peuvent paraître largement surdimensionnés par rapport à la résistance nécessaire pour combattre un brochet. Mais le véritable effort vient surtout des centaines de lancers et des accélérations brutales que subit la ligne avec des leurres très lourds.

Sur ce type de pêche, je ne vois pas beaucoup d’intérêt à ajouter une longue pointe de discrétion entre la tresse et le véritable bas de ligne.
Chaque raccord supplémentaire signifie également un nœud supplémentaire et donc un point faible potentiel.
Le plus simple reste donc de raccorder directement la tresse au bas de ligne, par exemple avec un nœud FG lorsque l’on utilise du fluorocarbone.
À partir d’environ 90/100, on commence à avoir un ensemble beaucoup plus rassurant face aux dents du brochet. Un diamètre de 100/100 apporte encore davantage de sérénité. Descendre à 60 ou 70/100 augmente nettement le risque de coupe, et même un 80/100 peut finir par céder dans certaines circonstances.
Avec des leurres qui peuvent coûter cher et surtout un poisson potentiellement condamné à repartir avec le montage dans la gueule, je préfère clairement assurer. Le titane peut également être utilisé. J’éviterais cependant les modèles monobrin les plus fins pour cette pêche. Du gros titane multibrins ou un bas de ligne acier constituent de bonnes alternatives.
La connexion entre le bas de ligne et le leurre est un détail que je ne néglige jamais avec un big bait.
Il est possible d’utiliser un gros émerillon baril associé à un anneau brisé. Le montage est très fiable, mais il oblige généralement à sortir une pince à chaque changement de leurre. Un nœud agrafe est également possible, solide et très sûr. Ils pêchent le thon en mer avec ce noeud, donc on peut lui faire confiance !
La solution la plus pratique reste souvent une agrafe très résistante, parfois choisie directement parmi les modèles destinés à la pêche en mer.
Avec des gros leurres, je préfère une agrafe affichant 100 kg de résistance ou davantage. Le but n’est évidemment pas de sortir un brochet de 100 kg, mais d’avoir suffisamment de marge pour résister aux lancers répétés et à la fatigue du métal provoquée par les nombreux changements de leurres.
Le raccord peut être réalisé avec un sleeve ou directement avec un nœud adapté aux forts diamètres.
Le big bait fonctionne toute l’année et il serait faux de résumer cette pêche aux seules périodes froides. Mais lorsque les températures commencent à baisser après l’été, j’aime particulièrement ressortir les gros profils.
On entre progressivement dans une période où présenter une proie conséquente peut devenir très intéressant. Plutôt que d’enchaîner les passages avec de petits leurres, on peut volontairement proposer un shad ou un swimbait offrant une bouchée beaucoup plus importante. Cela ne signifie évidemment pas qu’un brochet refusera tous les petits leurres. Un poisson de plus d’un mètre peut parfaitement attaquer un leurre de 10 cm. Mais le big bait joue surtout sur une autre logique : accepter souvent moins de touches dans l’espoir de croiser davantage de gros poissons sur la durée.
Crédit photos :
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@gunki_official
Thomas Laforet est conseiller technique pêche chez Pecheur.com, spécialisé dans la pêche des carnassiers.
Thomas Laforet