Poisson géant, prédateur vorace, destructeur d’écosystèmes… Le silure glane (Silurus glanis) traîne derrière lui une réputation aussi spectaculaire que controversée. Présent aujourd’hui dans la majorité des grands fleuves et lacs français, il alimente fantasmes, peurs et débats passionnés au bord de l’eau comme sur les réseaux sociaux.
Mais qu’en est-il réellement ? Le silure est-il ce “monstre” qui menace nos eaux, ou simplement un poisson mal compris, parfaitement adapté à son environnement ?

Un géant d’eau douce hors norme
Le silure impressionne avant tout par sa taille. Avec des individus dépassant régulièrement les deux mètres et les 80 kilos, il s’impose comme le plus grand poisson d’eau douce d’Europe. Son corps massif, sa peau lisse dépourvue d’écailles, sa large bouche garnie de barbillons sensoriels renforcent cette image de prédateur primitif.
Pourtant, derrière cette apparence intimidante se cache un poisson étonnamment lent, opportuniste et extrêmement économe en énergie. Le silure ne chasse pas en permanence : il attend, observe et exploite les situations favorables.
Une espèce introduite… mais désormais bien installée
Originaire d’Europe centrale et orientale, le silure a été introduit dans plusieurs bassins français à partir des années 1970. Depuis, il a colonisé la plupart des grands fleuves comme le Rhône, la Seine, la Loire, la Garonne, mais aussi de nombreux lacs et retenues.
Sa capacité d’adaptation est remarquable. Il supporte des eaux chaudes, froides, troubles, pauvres en oxygène, et exploite aussi bien les zones profondes que les secteurs encombrés.
Cette adaptabilité explique en grande partie son expansion… mais aussi les inquiétudes qu’elle suscite.

Le silure est-il vraiment un destructeur de biodiversité ?
C’est sans doute la question la plus sensible. Le silure est un prédateur opportuniste, capable de consommer poissons, écrevisses, amphibiens et parfois oiseaux ou mammifères aquatiques. Certaines images spectaculaires, notamment de silures chassant les pigeons, ont renforcé son image de “monstre”.
Pourtant, les études scientifiques montrent que son impact est beaucoup plus nuancé. Dans la majorité des milieux, le silure s’intègre dans la chaîne alimentaire existante et régule surtout des espèces déjà présentes, souvent abondantes.
Il consomme principalement des poissons malades, blessés ou des espèces très communes, comme les brèmes ou les poissons blancs.
En réalité, le silure agit davantage comme un super-opportuniste que comme un destructeur systématique.
Un comportement fascinant et très évolué
Loin de l’image du poisson brutal, le silure possède un comportement complexe. Il est capable d’apprentissage, de mémorisation des postes, et adapte ses stratégies selon la pression de pêche.
Il peut chasser seul ou en groupe, exploiter les courants, se poster sous les barrages, près des écluses ou dans des fosses profondes.
Certaines populations ont même développé des comportements spécifiques selon leur environnement, preuve d’une grande plasticité comportementale.
Le silure et la pêche : fascination et respect
Pour les pêcheurs, le silure représente un défi hors norme. Que ce soit aux leurres, au vif, au fireball ou en verticale, sa capture demande du matériel et des montages solides, une parfaite connaissance du milieu et une vraie maîtrise du combat.
Mais plus encore que la prise, c’est souvent la rencontre qui marque. Combattre un silure, sentir sa puissance lente et constante, oblige à repenser sa relation au poisson.
Beaucoup de pêcheurs de silures pratiquent aujourd’hui une approche respectueuse, avec des combats maîtrisés et une remise à l’eau systématique.
Une cohabitation possible avec les autres espèces
Contrairement aux idées reçues, la présence du silure n’entraîne pas systématiquement la disparition des carnassiers comme le brochet ou le sandre.
Dans de nombreux milieux, ces espèces cohabitent, exploitant des niches écologiques différentes :
L’équilibre dépend avant tout de la qualité du milieu, de la pression humaine et de la gestion halieutique.
Alors, monstre ou poisson mal compris ?
Le silure dérange parce qu’il bouscule nos repères. Sa taille, sa longévité et son comportement sortent des standards habituels. Pourtant, il n’est ni un envahisseur incontrôlable, ni un fléau systématique.
Il est le reflet de milieux souvent artificialisés, modifiés par l’homme, où il a su trouver sa place.
Source photo :
@fishxplorer
@madcat_fishing
@black_cat_fishing_fr
Thomas Laforet est conseiller technique pêche chez Pecheur.com, spécialisé dans la pêche des carnassiers.
Thomas Laforet