Quand j’ai commencé à pêcher avec une canne casting, mes premiers lancers n’avaient franchement rien de glorieux. Un leurre qui part à quinze mètres, une perruque au lancer suivant et cette petite envie de reprendre la canne spinning qui attend dans la voiture… On est nombreux à être passés par là.
Le problème, c’est qu’au début on cherche souvent à lancer loin avant même d’avoir compris comment travaille la bobine. Pourtant, une fois qu’on sait à quoi servent les différents réglages et qu’on prend l’habitude de se servir du pouce, tout devient beaucoup plus simple.
Si je devais reprendre un moulinet casting pour la première fois aujourd’hui, je ferais exactement comme ça :

Sur un moulinet casting, on retrouve généralement trois réglages principaux : le frein de combat, la tension de la bobine et le système de freinage magnétique ou centrifuge.
Le frein de combat, c’est la fameuse étoile derrière la manivelle. Pour l’instant, on peut presque l’oublier : il nous servira surtout une fois le poisson au bout. Il se serre et se desserre suivant l’intensité du combat, et fonctionne exactement comme le frein d’un moulinet spinning.

Ce qui m’intéresse avant le premier lancer, c’est plutôt la petite molette située près de la manivelle. Elle agit sur la liberté de rotation de la bobine.

Je monte le leurre que je vais utiliser, je débraye et je le laisse descendre devant moi. Pour débuter, je cherche quelque chose de très simple : le leurre descend tranquillement et, lorsqu’il touche le sol, la bobine ne continue pas à dérouler trois mètres de fil. Si c’est le cas, je resserre légèrement.
Ce réglage pourra être affiné ensuite. Au départ, quelques mètres de lancer en moins valent largement mieux qu’une perruque tous les trois lancers.
Le deuxième réglage important contrôle la bobine pendant le lancer.

Sur beaucoup de moulinets, il s’agit d’un frein magnétique accessible avec une molette extérieure (photo de droite). Sur d’autres modèles, on retrouve un système centrifuge fonctionnant avec des masselottes (photo de gauche).
Avec un magnétique gradué de 1 à 10, je commencerais autour de 5 ou 6. Pour un centrifuge, même logique : suffisamment de frein pour sécuriser les premiers essais. Si vous avez 6 masselottes, ouvrez-en un sur deux pour commencer.
Le but n’est pas de trouver immédiatement la configuration qui permet de lancer le plus loin possible. Je préfère faire dix lancers propres à vingt mètres que deux missiles suivis d’une énorme perruque. Une fois que tout devient régulier, je desserre légèrement et je recommence. C’est progressivement qu’on trouve la limite du moulinet, mais aussi la sienne. Une fois que le geste est assimilé, il devient beaucoup naturel et on peut facilement catapulter les leurres à de longues distances.
C’est probablement le geste qui change tout.
Les freins du moulinet casting ralentissent la bobine, mais ils ne remplaceront jamais votre pouce. Pendant le lancer, je le garde très proche de la bobine pour pouvoir sentir ce qui se passe. Si je sens qu’elle commence à s’emballer, une légère pression suffit à reprendre le contrôle. Et juste avant que le leurre touche l’eau, je bloque franchement la bobine. C’est particulièrement important avec un leurre qui ralentit brutalement en fin de trajectoire. La bobine, elle, voudrait continuer de tourner à la même vitesse. C’est exactement là que les spires commencent à sortir toutes seules.
Avec le temps, ce geste devient automatique. Et c’est justement parce qu’on maîtrise davantage la bobine avec le pouce qu’on peut ensuite diminuer progressivement les freins.
Aujourd’hui, la tresse équipe énormément d’ensembles casting, et à juste titre. Elle est fine, résistante et surtout très peu élastique. On ressent parfaitement les vibrations du leurre, les contacts avec le fond et les touches.
Mais pour quelqu’un qui découvre le casting, je trouve que le nylon garde un vrai intérêt.
Il coûte moins cher, possède davantage de souplesse et les premières perruques sont généralement moins pénibles à défaire. Avec un diamètre suffisamment confortable, on peut apprendre sans avoir peur de sacrifier une bobine de tresse neuve au deuxième lancer. Je commencerais donc volontiers avec du nylon et un leurre d’une dizaine de grammes ou plus. Rien ne vous empêche de passer ensuite à la tresse une fois que les gestes sont acquis, car à ce moment-là, son manque d’élasticité devient un gros avantage, surtout lorsqu’on pêche au leurre souple, au jig ou sur des techniques où l’on veut sentir précisément ce qui se passe au bout de la ligne.
Le fluorocarbone peut également être utilisé comme corps de ligne en casting, notamment sur certaines pêches techniques.
Sa résistance à l’abrasion est intéressante lorsqu’on pêche près des branches, pierres ou autres obstacles. Sa densité peut aussi accompagner certaines pêches au crankbait ou au jerkbait. Il conserve également un peu d’élasticité, ce qui peut être appréciable avec des leurres équipés d’hameçons triples.
En revanche, il est plus raide qu’un nylon classique. Personnellement, ce n’est pas ce que je choisirais pour découvrir le casting. Une fois les bases acquises, c’est différent : on peut réellement choisir son fil en fonction de la technique plutôt qu’en fonction de sa facilité d’utilisation.
Au casting, j’ai longtemps fait l’erreur de vouloir mettre énormément de puissance pour chercher la distance. En réalité, plus je forçais, plus la bobine prenait brutalement des tours et plus je risquais la perruque. Avec un leurre suffisamment lourd, la canne fait déjà une grosse partie du travail. Je préfère un mouvement progressif, laisser le blank charger et accompagner le lancer plutôt que donner un énorme coup de poignet.
Le vent compte aussi énormément. Un réglage parfait avec le vent dans le dos peut devenir beaucoup trop libre lorsque l’on se retourne face au vent.
Le casting est un mélange fin entre les distances et la précision. La canne fait un grand travail et il ne faut surtout pas forcer votre lancée. A l’inverse d’un spinning ou d’un geste sec et où vous cassez vos poignets vous fera jeter loin et/ou précis, le casting demande un nouveau geste qui complète parfaitement le précédent.
On parle énormément du réglage pour lancer, mais beaucoup moins du frein de combat, pourtant, c’est là qu’un mauvais réglage peut coûter un poisson.
Je n’aime pas partir avec un frein complètement bloqué, surtout avec une tresse. Elle possède très peu d’élasticité : sur un gros coup de tête ou un rush violent, toute la contrainte se reporte directement sur le bas de ligne, les hameçons et la gueule du poisson.
À l’inverse, avec un frein beaucoup trop lâche, on perd rapidement le contrôle. Je cherche donc un réglage suffisamment ferme pour garder le contact et ferrer correctement, tout en permettant au poisson de prendre du fil lorsqu’il tire vraiment. Un réflexe qui vient également avec le temps, c’est au moment de ferrer, mettre le doigt sur la bobine pour assurer sa prise, et ensuite se permettre d’avoir un frein légèrement desserré pour combler les premiers rush.

Si je devais donner un seul conseil à quelqu’un qui vient d’acheter son premier ensemble casting, ce serait celui-là : ne cherchez pas tout de suite à lancer plus loin que tout le monde.
Prenez un leurre assez facile à lancer, mettez un peu trop de frein, utilisez éventuellement du nylon et concentrez-vous sur votre pouce. Quand vous aurez enchaîné vingt lancers sans réfléchir au moulinet, commencez à libérer progressivement la bobine. La distance, elle, viendra toute seule.
Et quelques sorties plus tard, vous vous rendrez probablement compte que vous ne regardez même plus les molettes. Vous changez de leurre, vous corrigez légèrement le réglage, votre pouce fait le reste et vous lancez. C’est généralement à ce moment-là que le casting commence vraiment à devenir plaisant.
Crédit photos :
@hugo_fabre
Thomas Laforet est conseiller technique pêche chez Pecheur.com, spécialisé dans la pêche des carnassiers.
Thomas Laforet