Le spinnerbait fait partie de ces leurres que j’aime bien donner à quelqu’un qui débute la pêche aux carnassiers. On l’accroche, on lance, on récupère et, dans beaucoup de situations, ça suffit déjà pour prendre un poisson.
Mais après quelques saisons à l’utiliser, on se rend vite compte qu’un spinnerbait peut faire beaucoup plus que traverser une bordure en linéaire. Il passe partout, change sa pêche en fonction du poids, du type de palette ou encore de la texture de la jupe, on peut le moduler avec différents leurres souples, en bref, il peut vite devenir multi-usage si on prend le temps de le comprendre.
C’est probablement la situation dans laquelle le spinnerbait est le plus agréable à utiliser, et encore plus quand la bordure est encombrée. Dans les arbres noyés ou en sorties d’herbiers, c’est toujours délicat d’utiliser un crank par peur de le perdre… Un spinner, beaucoup moins. Son armature en V protège assez bien l’hameçon et permet de traverser des zones que l’on éviterait avec d’autres leurres. Évidemment, il n’est pas totalement anti-accroche, maison peut réellement insister autour d’une zone et les vibrations de la palette, assez inhabituelles dans ce genre de milieu pour les prédateurs, les rendent parfois fous.
Dans ce type de poste, j’aime lancer suffisamment loin derrière la zone intéressante et faire passer le leurre au plus près de l’obstacle. Et je ne me contente pas forcément d’un linéaire parfait. Un petit ralentissement juste à côté d’une branche, une accélération en sortie d’herbier ou une courte pause peuvent déclencher le poisson qui suivait simplement les palettes.

On parle souvent du grammage comme s’il servait uniquement à lancer plus loin.
Pour moi, ce n’est pas le plus important. Le poids sert surtout à décider dans quelle couche d’eau il va évoluer et à quelle vitesse je peux le ramener.
Autour de 10 à 14 g, on a déjà quelque chose de très polyvalent pour pêcher les bordures et les faibles profondeurs.
Si je veux rester juste au-dessus des herbiers, je préfère souvent un spinnerbait relativement léger, avec une bonne portance. Je peux alors ralentir sans qu’il tombe immédiatement dans la végétation.
À l’inverse, si je veux passer vite dans deux ou trois mètres d’eau sans voir mon spinnerbait remonter vers la surface, je prends plus lourd. C’est également ce que je fais quand les poissons descendent. Un modèle autour de 20 ou 21 g permet beaucoup plus facilement de garder une pêche proche du fond.
C’est probablement le choix qui intrigue le plus lorsqu’on commence à regarder les spinnerbaits de près.

Une palette Willow, longue et fine comme une feuille de saule, tire relativement peu dans l’eau. Elle produit beaucoup d’éclats lumineux et permet de ramener le spinnerbait assez rapidement. Je la préfère lorsque je veux descendre dans des obstacles car elle va avoir ce joli effet rotatoire à la descente.
La Colorado, beaucoup plus ronde, déplace davantage d’eau. On ressent immédiatement les pulsations dans la canne.
Dans une eau teintée ou lorsque je veux ramener lentement, elle devient très intéressante. Sa résistance freine aussi naturellement le spinnerbait. Pour son utilisation, je la préfère quand je cherche à faire un linéaire pur, et battre rapidement du terrain.
Et si je ne sais vraiment pas sur quoi partir, une combinaison Willow + Colorado est une bonne solution. On récupère un peu des deux mondes : flash et vibrations.
J’en utilise régulièrement, mais pas systématiquement.
Ajouter un shad ou un grub sur l’hameçon donne davantage de volume au leurre et ajoute une vibration supplémentaire. Mais ça augmente aussi sa portance. Autrement dit, le spinner va généralement avoir tendance à rester plus haut dans la couche d’eau.
C’est exactement ce que je cherche lorsque je veux passer lentement au-dessus d’un herbier, et avoir un effet planant à la descente (marche encore mieux avec les grubs)
En revanche, lorsque je veux descendre plus franchement ou pratiquer en slow rolling près du fond, je préfère parfois enlever le trailer ou utiliser quelque chose de très fin pour me permettre simplement de rajouter du volume. C’est un détail assez simple, mais il permet de modifier énormément la nage sans changer de spinnerbait.
Je prends probablement la majorité de mes poissons au spinnerbait en récupération linéaire.
Mais ça ne signifie pas que je mouline toujours à la même vitesse du lancer jusqu’à mes pieds. Quand je passe à côté d’une souche ou d’un arbre immergé, je peux laisser le spinnerbait perdre quelques dizaines de centimètres. À la reprise de la récupération, les palettes repartent et ce changement brutal peut provoquer une attaque.
Sur une bordure peu profonde en revanche, je peux réellement accélérer et faire passer le leurre juste sous la surface. On peut même aller jusqu’au buzzing, avec un spinnerbait récupéré très vite en surface, les palettes venant perturber la pellicule. C’est une approche assez spectaculaire lorsque les poissons sont agressifs.
Le brochet reste évidemment l’un des clients les plus réguliers.
Les flashs des palettes, les vibrations et le volume de la jupe semblent particulièrement bien fonctionner sur lui. Et surtout, le spinnerbait permet d’aller le chercher directement dans ses zones d’embuscade, et on conna^tt l’amour qu’ont les brochets pour les palettes.
Mais j’adapte quand même mon modèle au poisson recherché.
Pour une perche ou un bass, un spinner compact peut être beaucoup plus intéressant qu’un gros modèle très volumineux. En période de forte pression de pêche, réduire la taille peut également faire une vraie différence. Petite attention également, il existe des spinner spécialement pour les black-bass, avec une armature beaucoup plus souple. De ce fait le spinner aura tendance à se plier beaucoup facilement dans la gueule des poissons, là où les modèles adaptés pour les brochets sont beaucoup plus « raides » pour augmenter la résistance.
Pour les perches, il existe des micro spinnerbaits, avec une taille adaptée, et lorsqu’elles sont en frénésie, on peut rapidement et facilement augmenter son nombre de prise.
Crédit photos :
@instafiish
@westin_fishing_france
@savage_gear_official
Thomas Laforet est conseiller technique pêche chez Pecheur.com, spécialisé dans la pêche des carnassiers.
Thomas Laforet