L’automne est probablement l’une des périodes où j’ai le plus confiance pour rechercher le brochet. Les températures commencent à baisser, le vent revient, les journées couvertes sont plus fréquentes et les poissons connaissent régulièrement de vrais pics d’activité.
Pourtant, c’est aussi une saison où l’on peut très facilement passer complètement à côté de la pêche. On trouve une zone intéressante, on sait que les brochets sont présents, on change de leurre, de couleur, parfois même de technique… sans obtenir la moindre touche.
Dans ces moments-là, je me pose de plus en plus souvent une question très simple : à quelle profondeur mon leurre passe-t-il ?
Car à mesure que l’automne avance, les brochets ne disparaissent pas forcément. Il arrive simplement que l’on continue à pêcher un ou deux mètres au-dessus d’eux.
Il ne faut pas considérer l’automne comme une seule et même période. Entre une journée encore douce de septembre et une matinée froide de fin novembre, les poissons n’occupent pas forcément les mêmes zones.
En début d’automne, les herbiers sont encore présents et le poisson fourrage peut rester dispersé sur les bordures, les plateaux ou dans relativement peu d’eau. Les brochets sont eux aussi mobiles et j’aime encore beaucoup prospecter rapidement avec des crankbaits, spinnerbaits, chatterbaits, jerkbaits ou simplement des shads ramenés en linéaire.
Puis l’eau refroidit progressivement. Les herbiers commencent à disparaître, les poissons blancs se regroupent davantage et certaines zones profondes deviennent beaucoup plus intéressantes.
Les brochets accompagnent naturellement ces déplacements. On commence alors à les retrouver plus régulièrement autour des cassures, des fosses, des arbres immergés ou simplement sous les bancs de poissons fourrage.
Cela ne veut pas dire que tous les brochets descendent au fond dès les premières journées fraîches. Un redoux ou un bon coup de vent peut encore faire remonter beaucoup de vie sur une bordure. Mais plus l’automne avance, plus je garde en tête que les poissons peuvent se tenir nettement plus bas qu’en début de saison.

En automne, je cherche de moins en moins « un poste à brochet » et de plus en plus les poissons dont il se nourrit.
Une belle bordure qui produisait régulièrement pendant l’été peut devenir presque vide si les gardons, brèmes ou autres poissons blancs ont quitté le secteur. À l’inverse, une zone qui semblait sans grand intérêt quelques semaines auparavant peut devenir excellente dès qu’un banc de fourrage s’y installe.
En bateau ou en float-tube, le sondeur change évidemment beaucoup de choses. Lorsque je commence à voir plusieurs bancs de fourrages regroupés autour d’une même profondeur, je ralentis immédiatement ma prospection. Si les brochets sont dans le secteur, il y a de fortes chances qu’ils ne soient pas très loin.
Du bord, il faut simplement chercher d’autres indices : une fosse accessible, une cassure, l’extérieur d’un virage en rivière, des oiseaux qui se nourrissent, quelques poissons visibles en surface ou une activité inhabituelle sur une petite portion de berge.
En automne, trouver le garde-manger est souvent plus important que retrouver les postes qui fonctionnaient en juillet.
C’est probablement l’erreur que je vois le plus facilement arriver.
On pêche une zone avec quatre ou cinq mètres d’eau, on sait qu’elle abrite des poissons, mais on continue à faire passer un swimbait à cinquante centimètres sous la surface. Au bout de vingt minutes sans touche, on passe du naturel au Fire Tiger, puis à un autre shad…
Alors que le problème se trouve peut-être simplement deux mètres plus bas. Un poisson actif peut évidemment parcourir une belle distance pour venir chercher un leurre. Mais lorsque l’eau refroidit et que son activité diminue, je préfère éviter de compter systématiquement là-dessus.
Si les blancs évoluent autour de trois mètres, j’essaie d’abord de faire passer mon leurre à proximité de cette profondeur. Je garde les changements de couleur pour plus tard.
Avec un leurre souple, quelques grammes supplémentaires suffisent parfois. Avec un crankbait, je peux passer sur une bavette plus longue. Un lipless, une lame vibrante ou un spinnerbait plus lourd permettent également de changer rapidement d’étage.
C’est là que la pêche devient parfois un peu plus technique.
En fin d’automne, j’ai souvent envie de ralentir ma récupération. Mais si mon leurre est trop léger, ralentir signifie aussi le laisser remonter ou ne jamais atteindre la profondeur recherchée.
Le bon lestage devient alors essentiel. Avec un gros shad, je préfère augmenter progressivement le poids jusqu’à trouver le grammage qui me permet de pêcher lentement tout en restant dans la bonne couche. Le but n’est pas forcément de racler le fond. Je veux simplement pouvoir conserver mon leurre devant les poissons suffisamment longtemps.
C’est aussi pour cette raison que les montures à lest interchangeable sont intéressantes. Sur la même zone, quelques grammes en plus ou en moins permettent de s’adapter très rapidement à une cassure, un plateau ou un banc de fourrage situé plus profond.
Autre idée que j’éviterais d’appliquer trop tôt : « automne = gros leurre ».
En septembre et au début d’octobre, des leurres de 8 à 15 cm restent très efficaces. Les jeunes poissons de l’année sont encore présents en nombre et les brochets peuvent être totalement focalisés dessus. C’est lorsque l’automne avance que j’augmente progressivement les tailles.
Les poissons fourrage ont grossi et, lorsque l’eau devient froide, une proie importante peut représenter un meilleur compromis énergétique pour un brochet qu’une succession de petits poissons.
C’est à ce moment-là que les shads de 18, 20 ou 25 cm commencent vraiment à prendre une place importante dans ma pêche. Je les utilise souvent lentement, autour des bancs de poissons blancs ou sur les cassures.
Mais je ne grossis pas uniquement pour essayer de sélectionner un poisson trophée. J’augmente surtout la taille lorsque cela correspond à ce que je vois dans l’eau et à l’activité des poissons.
Un gros leurre présenté deux mètres au-dessus d’un brochet calé restera de toute façon beaucoup moins intéressant qu’un modèle plus petit qui lui passe réellement devant le nez.

Crédit photos :
@captain_jullian
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@quentin.maugard
Thomas Laforet est conseiller technique pêche chez Pecheur.com, spécialisé dans la pêche des carnassiers.
Thomas Laforet