Depuis quelque temps, on voit de plus en plus passer le terme mid strolling. La technique est souvent associée au LiveScope et aux pêches modernes de poissons suspendus, au point qu’on pourrait facilement croire qu’elle vient d’apparaître.
En réalité, elle est utilisée au Japon depuis bien plus longtemps. Le principe est assez simple : monter un petit leurre souple sur une tête plombée, le faire évoluer entre deux eaux et provoquer un léger rolling en combinant récupération lente et petites vibrations de la canne. Ce sont surtout les sondeurs à vue vers l’avant qui lui ont redonné une énorme visibilité ces dernières années, notamment dans la pêche du bass aux États-Unis.
Sur nos eaux, je trouve la technique particulièrement intéressante pour les perches et les sandres, mais elle marche aussi sur le black-bass ou le brochet lorsque ces poissons suivent le fourrage en pleine eau.
C’est ce qui différencie immédiatement le mid strolling de nombreuses pêches finesse classiques.
Ici, je ne cherche pas à faire rebondir ma tête plombée sur le fond. Je veux que mon leurre traverse lentement une couche d’eau, généralement à proximité de poissons suspendus ou juste au-dessus d’eux.
Le leurre avance horizontalement en oscillant légèrement d’un flanc sur l’autre. Ce rolling fait apparaître successivement ses côtés et produit de petits éclats très intéressants avec des leurres translucides, nacrés ou équipés d’un insert réfléchissant. L’ensemble doit donner l’impression d’un petit poisson un peu désorienté, qui avance sans vraiment fuir.
C’est une présentation très différente d’un shad ramené classiquement en linéaire. On cherche moins le battement de la caudale que le mouvement du corps lui-même.

C’est probablement la partie qui demande le plus de pratique. Mon premier réflexe serait presque de vouloir garder constamment le contact avec le leurre. Pourtant, en mid strolling, une ligne trop tendue a tendance à brider son mouvement.
Je préfère conserver un léger ventre dans la bannière, puis faire vibrer doucement le scion pendant que je récupère très lentement. Les petits mouvements transmis à la ligne font alors basculer le leurre de gauche à droite sans le faire avancer trop vite.
Il ne faut pas chercher de grands twitchs. Si le leurre part dans tous les sens comme un jerkbait souple, on s’éloigne de l’effet recherché.
Le plus simple pour apprendre est de commencer dans une eau assez claire pour voir son montage. Quelques essais à deux ou trois mètres du bord suffisent pour comprendre quelle tension et quelle cadence donnent le meilleur rolling.
Le grammage dépend évidemment de la profondeur, du vent et du courant.
Dans beaucoup de situations, des têtes comprises entre 3,5 et 7 g sont une très bonne base. Ce sont d’ailleurs les grammages proposés sur des modèles conçus pour cette approche, comme la Deps Midst Jig Head.
Mais il ne faut pas en faire une règle absolue. Dès que les poissons sont plus profonds ou que le vent complique la gestion de la bannière, je peux tout à fait monter à 10 ou 12 g.
Le bon poids est surtout celui qui permet de contrôler la profondeur sans tuer la nage. Trop lourd, le montage descend constamment et oblige à récupérer trop vite. Trop léger, on perd la notion de profondeur et on ne sait plus vraiment où travaille le leurre.
Les meilleurs profils sont généralement assez fins, avec une forme de petit poisson fourrage et une queue peu volumineuse.
Les pintails, minnows et shads finesse sont particulièrement adaptés. Une taille autour de 7 à 12 cm couvre déjà énormément de situations.
Le Deps Sakamata Shad est devenu l’un des modèles de référence de ce type de pêche. Sa forme et ses appendices latéraux favorisent les mouvements et les écarts du leurre. Dans une eau claire, des modèles très réalistes comme le Fish Arrow Flash J Shad apportent beaucoup de naturel.
Mais le choix du modèle ne fait pas tout. Il faut surtout le monter parfaitement droit sur la tête plombée. Un leurre légèrement vrillé aura tendance à tourner ou à pencher toujours du même côté au lieu de produire le rolling régulier que l’on recherche.
Je partirais sur une canne spinning autour de 2 à 2,20 m, généralement de puissance L à ML selon le grammage utilisé. Il faut surtout une pointe assez sensible pour transmettre les petites vibrations sans déplacer brutalement le montage.
Un moulinet spinning 2000 ou 2500 convient très bien, avec une tresse fine et un bas de ligne en fluorocarbone assez long pour rester discret.
Sur la perche, le sandre ou le black-bass, on peut rester relativement fin. Si des brochets sont présents, en revanche, il faut adapter la terminaison avec un bas de ligne qui résiste vraiment aux dents. Le matériel doit se faire oublier. Plus l’ensemble est léger et équilibré, plus il est facile de garder cette petite vibration régulière pendant toute la récupération.
C’est probablement ce qui explique pourquoi on parle autant du mid strolling aujourd’hui.
Avec un sondeur à vue vers l’avant, on peut repérer un poisson suspendu, lancer au-delà de lui puis suivre l’approche du leurre dans la couche d’eau. Le pêcheur voit tout de suite si son montage passe trop haut, trop bas ou si le poisson commence à le suivre. Ce duo mid strolling et forward-facing sonar est aujourd’hui très présent dans les compétitions américaines.
Mais attention car ça ne fait pas tout !
Sans électronique, il suffit de connaître approximativement la profondeur, de laisser descendre son montage en comptant et de travailler plusieurs couches jusqu’à trouver celle où se produisent les touches. Le sondeur apporte de la précision. Il n’est pas indispensable au principe.

Les deux techniques sont souvent mélangées parce qu’elles visent les mêmes poissons suspendus.
Le mid strolling repose généralement sur une petite tête plombée placée à l’avant du leurre. On récupère horizontalement en faisant rouler le softbait.
Le hover strolling pousse encore plus loin la finesse. Le montage utilise généralement un petit hameçon et un lest inséré dans le leurre pour obtenir une présentation extrêmement lente : le leurre plane, glisse et part latéralement en se déplaçant très peu.
Pour simplifier, je vois le hover strolling comme une présentation encore plus lente et suspendue, alors que le mid strolling sert davantage à prospecter horizontalement une couche d’eau.
Sur le papier, il suffit donc d’un petit finess, d’une tête plombée et de quelques vibrations du scion.
Au bord de l’eau, la difficulté est ailleurs : trouver le bon poids, garder le leurre dans la bonne couche et créer du rolling sans trop tendre la ligne.
C’est ce qui rend le mid strolling intéressant. On n’ajoute presque rien au montage, mais quelques détails dans l’animation changent complètement le comportement du leurre.
Et lorsque les perches ou les sandres sont suspendus au milieu de la colonne d’eau et semblent ignorer tout ce qui passe autour d’eux, faire lentement rouler un petit poisson juste devant leur nez peut être exactement ce qu’il fallait pour enfin déclencher une touche.
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@spro_france
Thomas Laforet est conseiller technique pêche chez Pecheur.com, spécialisé dans la pêche des carnassiers.
Thomas Laforet