Pêche patrimoniale aujourd’hui un peu délaissée par les nouvelles générations, qui préfèrent souvent la diversité de formes et de couleurs des leurres, la pêche du brochet au vif reste pourtant l’une des techniques les plus anciennes et les plus efficaces.
Le principe est finalement très naturel. Lorsque l’on pêche aux leurres, on cherche à donner un semblant de vie à un morceau de plastique ou de métal. Avec le vif, on propose directement au brochet un véritable poisson, semblable à ceux qu’il consomme tout au long de l’année : une proie naturelle et relativement facile à saisir.
Le brochet se nourrit principalement de petits poissons, ce qui laisse un choix assez large concernant les espèces à utiliser. La logique consiste avant tout à sélectionner des poissons déjà présents dans le plan d’eau ou la rivière pêchée, autrement dit le poisson fourrage.
Les cyprinidés sont les plus couramment employés : gardons, ablettes, rotengles, goujons, mais également petites carpes, tanches, brèmes ou chevesnes.
Tous les poissons ne peuvent cependant pas être utilisés comme vifs. Les espèces possédant une taille minimale de capture, certaines espèces protégées, celles susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques ou encore les poissons non représentés dans les eaux françaises sont notamment concernés. Il en va de même pour les batraciens et les écrevisses.
Il est possible de conserver ses vifs plusieurs semaines dans un aquarium ou un bac équipé d’un système de filtration. Mais dans la pratique, il est préférable d’utiliser des poissons relativement frais, capturés deux ou trois jours avant la sortie.
Des seaux à vifs équipés d’un aérateur permettent de conserver et transporter facilement une quinzaine de poissons jusqu’au lieu de pêche. Un aérateur autonome fonctionnant sur piles permet ensuite de les maintenir en bonne condition pendant la journée. En plein été, pensez simplement à renouveler régulièrement l’eau afin d’éviter qu’elle ne chauffe trop.
Concernant la taille, les vifs utilisés mesurent généralement entre 10 et 15 cm. Il reste possible de monter jusqu’à 20 ou 25 cm lorsque l’on cherche volontairement de gros brochets. Le brochet économisant particulièrement ses efforts en hiver, période où il peut privilégier des proies plus conséquentes, il est possible d’augmenter légèrement la taille du vif lorsque l’eau refroidit. À l’inverse, en été, des poissons plus petits peuvent mieux correspondre aux poissonnets de l’année sur lesquels les brochets se focalisent.
Il n’est pas nécessaire de disposer d’un ensemble très technique pour commencer.
Une canne télescopique de 3 à 3,90 m, composée de 6 à 8 brins et d’une puissance d’environ 5-15 g, conviendra dans de nombreuses situations. Pour utiliser des vifs plus importants, une puissance de 10-30 g sera plus adaptée. Le faible encombrement d’une canne télescopique, généralement compris entre 60 et 80 cm une fois repliée, est particulièrement appréciable lorsqu’il faut transporter plusieurs ensembles autour d’un étang.
Côté moulinet, un modèle spinning en taille 3000 ou 4000 convient très bien. Frein avant, frein arrière ou même moulinet débrayable, les trois solutions sont envisageables. Une taille 3000 avec un moyeu de bobine assez important permet de limiter les boucles du fil tout en conservant environ 150 mètres de réserve. Le poids du moulinet importe finalement assez peu puisque les cannes resteront la plupart du temps posées sur des piques ou des supports de cannes.
Un frein classique de 8 à 9 kg permettra déjà de maîtriser de très beaux poissons, y compris des brochets dépassant le mètre.
La tresse est particulièrement intéressante aux leurres pour sa faible élasticité et la transmission des informations à longue distance. Pour la pêche au vif, cet avantage devient beaucoup moins important.
Un nylon transparent de 30 à 35/100 est donc parfaitement adapté.
La pêche se pratique généralement à quelques mètres ou quelques dizaines de mètres du bord. L’élasticité du nylon apporte également davantage de souplesse au montage et joue son rôle d’amortisseur pendant le combat.

Il existe presque autant de montages que de pêcheurs de brochets.
Pour une pêche à la calée, le montage pater-noster permet par exemple de présenter le vif sur une potence et de le laisser évoluer autour de l’axe du montage.
Mais il n’est pas nécessaire de compliquer les choses. Une ligne équipée d’un flotteur à vif permet déjà de visualiser très facilement l’activité de l’appât.
Selon la taille du vif, le flotteur peut offrir une portance comprise entre 5 et 20 g. Il peut être fixe ou coulissant. Dans ce dernier cas, un stop float ou un simple nœud de ligature en nylon servira de butée supérieure.
Lorsque l’on pêche plus profondément que la longueur de la canne, une petite ligature réalisée avec une vieille tresse peut être intéressante : suffisamment fine, elle passe facilement dans les anneaux pendant le lancer.
Pré-plombé ou non, le flotteur doit être équilibré avec un plomb correspondant approximativement à sa portance.
Olivette, plomb Catherine, bille percée ou grosse cendrée peuvent être utilisés. Avec un lest coulissant, pensez à ajouter une perle en caoutchouc souple afin de protéger le nœud des chocs répétés du plomb pendant les lancers.
Un émerillon rolling à agrafe termine ensuite le corps de ligne et permet de remplacer rapidement le bas de ligne.
Le bas de ligne, généralement compris entre 30 et 50 cm, peut être réalisé en acier gainé, en titane ou avec une tresse possédant une âme métallique.
Une résistance de 8 à 10 kg est généralement adaptée. Ces bas de ligne sont disponibles déjà montés ou en bobines permettant de les couper puis de les nouer ou les sleever à la longueur souhaitée.
Pour gagner en discrétion, certains pêcheurs utilisent du fluorocarbone. Face aux dents particulièrement coupantes du brochet, un diamètre d’au moins 80/100 est alors nécessaire.
Comme pour la ligne, plusieurs montages sont possibles.
Pendant longtemps, les bas de ligne en acier étaient directement glissés sous la peau du vif avec une aiguille à locher. Le montage est discret, mais supporte assez mal les lancers appuyés puisque la peau du poisson peut se déchirer. Cette présentation favorise également des prises profondes lorsque le brochet avale entièrement son vif, ce qui complique la remise à l’eau des petits poissons.
Une solution beaucoup plus simple consiste à faire entrer l’hameçon, simple ou triple, par la gueule du vif avant de faire ressortir une branche par le nez.
Cette présentation laisse également davantage de liberté au vif, qui peut continuer à nager correctement.
Pour compléter le montage, il est possible d’ajouter un avançon équipé d’un petit hameçon triple voleur piqué dans le dos du poisson.
Le brochet est généralement un poisson posté qui chasse à l’affût. Ses yeux étant situés sur le dessus du crâne, il est souvent intéressant de lui présenter une proie légèrement décollée du fond.
Dans un étang de 2 mètres de profondeur, on peut par exemple régler la ligne pour que le vif évolue à environ 1,50 m sous la surface, soit une cinquantaine de centimètres au-dessus du fond.
Si aucune touche ne survient, rien n’empêche ensuite de déplacer progressivement la butée afin de tester plusieurs hauteurs dans la colonne d’eau.

Quelle que soit la saison, les brochets occupent régulièrement des postes bien marqués.
La pleine eau peut être productive, notamment en été lorsque les poissons deviennent plus mobiles. Mais les premières zones à prospecter restent les abords des bois morts, herbiers, bancs de nénuphars et autres structures immergées.
En rivière, les remous et les contre-courants méritent également une attention particulière. Ils permettent aux brochets de rester postés en dépensant relativement peu d’énergie tout en attendant le passage d’une proie.
La pêche du brochet au vif conserve parfois une image de technique ancienne où l’on installe plusieurs cannes avant d’attendre toute la journée.
Pourtant, rien n’empêche de la pratiquer de manière beaucoup plus mobile. Avec une ou deux cannes, il est tout à fait possible de changer régulièrement de poste et de prospecter successivement les secteurs qui semblent les plus prometteurs.
Depuis toujours, les pêcheurs utilisent de petits poissons pour tenter d’en capturer de plus gros. La pêche au vif demande certes davantage d’organisation que la pêche aux leurres, notamment à cause du transport et de la conservation des appâts vivants.
Elle reste néanmoins une technique simple, naturelle et toujours d’actualité, dont l’efficacité sur le brochet n’est plus vraiment à démontrer.
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Thomas Laforet est conseiller technique pêche chez Pecheur.com, spécialisé dans la pêche des carnassiers.
Thomas Laforet