La première fois que l’on prend une Miuras Mouse en main, difficile de la ranger dans une catégorie précise. Ce n’est pas vraiment un swimbait, pas totalement un leurre souple et encore moins un simple streamer.
Une tête massive, beaucoup de bucktail, un gros trailer souple à l’arrière et un montage solide : sur le papier, l’ensemble paraît presque excessif. Dans l’eau, tout devient plus logique.
La Miuras déplace énormément d’eau à faible vitesse tout en gardant une nage vivante. Et lorsqu’un brochet ne veut pas courir après un leurre rapide, cette grosse bouchée qui passe lentement devant lui peut devenir difficile à ignorer.
La Miuras Mouse a été développée par l’Italien Maurizio Carini, avec des premiers modèles mis au point à partir de 2008 avant que CWC ne reprenne sa production et sa distribution à plus grande échelle. Sa construction est assez particulière. Une tête en résine porte une grosse quantité de bucktail, et un système articulé permet de fixer à l’arrière un trailer souple, généralement une double queue.
On obtient donc un leurre qui mélange plusieurs familles : la présence et les fibres d’un streamer, le volume d’un big bait et l’action d’un gros leurre souple.
La Miuras a été proposée en plusieurs tailles, avec un modèle autour de 20 cm et une version classique de 23 cm pour environ 95 g avec son trailer d’origine. Une fois mouillé, le bucktail retient aussi de l’eau. Le poids ressenti au lancer augmente et il faut un matériel adapté.
La forme du nez joue énormément dans le comportement du leurre.
Sa surface assez large pousse l’eau lors de la récupération. Derrière, la masse de bucktail ajoute encore du volume, pendant que le trailer travaille en permanence.
Le leurre envoie donc beaucoup de signaux sans avoir besoin d’être ramené rapidement. Le bucktail se comprime puis reprend du volume, la queue s’anime et l’ensemble donne l’impression d’une grosse proie qui avance tranquillement.
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles ces « souris » font bouger des poissons qui ne réagissaient pas forcément à un shad ou à un jerkbait plus classique.
C’est presque le paradoxe de la Miuras : son aspect est assez complexe, mais son utilisation peut être extrêmement simple.
Une récupération lente et linéaire suffit très souvent.
Pas besoin d’enchaîner les grands coups de scion. On lance, on la met en mouvement et on la laisse travailler. On peut ajouter quelques pauses, et surtout faire varier la vitesse.
Cette facilité d’utilisation explique aussi son succès. Un pêcheur qui découvre le leurre comprend vite sa nage sans devoir apprendre une gestuelle particulière. La récupération lente en linéaire revient d’ailleurs souvent dans les retours sur ce leurre.

La Miuras est particulièrement intéressante dans peu d’eau.
Elle coule lentement, ce qui permet de la faire passer sous la surface et au-dessus des herbiers, là où un leurre plus dense descendrait trop vite. C’est là que ce type de leurre est le plus à l’aise : on peut ralentir énormément tout en gardant un gros volume et de fortes vibrations.
Mais il serait dommage de la limiter aux zones shallow.
En ajoutant un petit lest sur l’armature, on peut faire descendre le leurre et travailler une cassure ou un tombant. Quelques grammes suffisent déjà à modifier sa vitesse d’immersion, et un lest plus important permet d’aller chercher les poissons bien plus profondément.
Le trailer d’origine à double queue fonctionne très bien, mais rien n’empêche d’en essayer d’autres.
Les virgules très souples donnent une nage fluide et continue, utile lorsque l’on veut garder beaucoup de mouvement à faible vitesse.
Un gros shad apporte au contraire davantage de battements et de vibrations. C’est utile dans une eau agitée ou lorsque l’on veut accentuer encore les signaux du leurre.
Ce côté interchangeable est un gros avantage de cette famille. En changeant de trailer, on modifie la silhouette et les vibrations sans changer complètement de leurre.
Son succès a inspiré d’autres leurres construits sur une idée proche.
Les VMC Mustache en sont un bon exemple. On retrouve un nez plat entouré de bucktail et un système permettant de visser un leurre souple à l’arrière.
La principale différence tient au matériau de la tête. Sur les versions classiques, le disque en zinc est plus dense et rend le montage naturellement plus coulant qu’une Miuras.
C’est donc une bonne solution pour pêcher plus profond sans ajouter tout de suite un lest. Les différents diamètres et grammages permettent aussi de composer des ensembles allant du gros montage à brochet à des présentations beaucoup plus légères.
On a aujourd’hui une famille de leurres à part entière : des fibres, un nez qui pousse beaucoup d’eau et un trailer interchangeable.
La Miuras reste un big bait et demande donc un ensemble cohérent.
Le grand modèle doit être lancé avec une canne capable d’encaisser son poids, surtout une fois le bucktail chargé en eau. Même logique pour le moulinet, la tresse et le bas de ligne.
Les brochets peuvent aussi venir chercher directement la tête du leurre. Un bas de ligne trop léger devient alors risqué : mieux vaut prévoir un fluorocarbone de fort diamètre ou du titane.

La Miuras Mouse doit sa réputation aux nombreux gros poissons qu’elle a pris, mais elle n’est pas magique pour autant.
Certains jours, un jerkbait, un shad ou un swimbait plus discret sera meilleur. D’autres fois, cette grosse masse de bucktail qui avance lentement sera exactement ce qu’il faut pour faire sortir un brochet resté jusque-là parfaitement immobile.
C’est probablement ainsi qu’il faut voir la Miuras et les autres « souris » du même genre : une présentation très différente, à sortir lorsqu’on veut déplacer beaucoup d’eau, pêcher lentement et proposer une grosse bouchée, sans prétendre remplacer toute la boîte.
Et vu le nombre de brochets qu’elles ont déjà fait bouger, il est difficile de considérer ces boules de poils comme une simple mode.
Crédit photos :
@catchwithcare
Thomas Laforet est conseiller technique pêche chez Pecheur.com, spécialisé dans la pêche des carnassiers.
Thomas Laforet